La Cour de cassation vient de trancher un point qui vaut cher : quand un parent renonce à un héritage, ses propres enfants qui héritent à sa place ne peuvent pas être taxés sur les donations que ce parent avait reçues auparavant. Une famille vient d’échapper à un redressement de 350 000 euros grâce à cet arrêt du 8 juillet 2026.
La renonciation à une succession est souvent perçue comme un geste de défiance ou d’endettement. En réalité, c’est devenu un outil de transmission redoutable depuis la réforme de 2006. Quand un héritier renonce, sa part ne file plus vers ses frères et sÅ“urs. Elle descend directement vers ses propres enfants, par le mécanisme de la représentation. Les grands-parents peuvent ainsi gratifier leurs petits-enfants sans lever le petit doigt, simplement parce que leur enfant a décidé de passer son tour.
Restait une question fiscale épineuse, celle qui vient d’être réglée. Quand le grand-parent avait, de son vivant, consenti une donation à l’enfant qui renonce ensuite, l’administration voulait rappeler cette donation pour taxer les petits-enfants. La logique du fisc paraissait imparable. Elle vient d’être balayée. Cette décision change concrètement le calcul de milliers de familles qui envisagent une transmission sur deux générations.
Ce que la Cour de cassation a réellement jugé
Le point de départ est un désaccord entre l’administration fiscale et une famille sur le calcul des droits dus par des petits-enfants. Leur mère avait renoncé à la succession de ses parents. Les enfants héritaient donc directement à sa place. Le fisc a voulu réintégrer dans leur base taxable les donations que la mère avait reçues autrefois, pour appliquer les droits correspondants et taxer une partie des sommes à 40 %.
En janvier 2025, la cour d’appel avait donné raison au fisc. La Cour de cassation a inversé cette position le 8 juillet 2026. Son raisonnement est chirurgical. L’héritier qui renonce est réputé n’avoir jamais été héritier. L’article 784 du Code général des impôts, qui organise le rappel des donations antérieures, ne vise que les donataires, héritiers ou légataires du défunt. Aucun texte n’étend cette règle aux représentants de ces personnes[1].
La formule de l’arrêt mérite d’être retenue. Les représentants en ligne directe d’un héritier renonçant, qui n’ont pas eux-mêmes reçu de donation du défunt, doivent être imposés personnellement selon leur propre lien de parenté avec le défunt. On ne peut pas leur opposer les donations consenties à leur auteur renonçant[1]. Autrement dit, les petits-enfants sont taxés comme des héritiers directs du grand-parent, sur ce qu’ils reçoivent vraiment, et rien d’autre.
Concrètement, l’administration ne pouvait pas imputer aux petits-enfants des donations qu’ils n’avaient jamais touchées. Le redressement de 350 000 euros tombait. Cette solution vaut quelle que soit l’ampleur des donations passées consenties au parent renonçant. C’est là que réside toute la portée patrimoniale de l’arrêt.
Le barème 2026 qui s’applique désormais aux petits-enfants héritiers

Quand un enfant renonce, ses propres enfants prennent sa place et se partagent la part qui aurait dû lui revenir. Fiscalement, ils héritent en ligne directe du grand-parent. Ils bénéficient donc du barème progressif des droits de succession en ligne directe, celui qui s’applique de parent à enfant. Le point de vigilance porte sur l’abattement, car c’est là que le bât blesse.
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| Lien de parenté | Abattement succession | Abattement donation |
|---|---|---|
| Parent vers enfant | 100 000 € | 100 000 € |
| Grand-parent vers petit-enfant | 1 594 € | 31 865 € |
| Arrière-grand-parent vers arrière-petit-enfant | 1 594 € | 5 310 € |
| Entre frères et sœurs | 15 932 € | 15 932 € |
| Tiers ou parent au-delà du 4e degré | 1 594 € | Néant |
Source : Le Particulier, Le Figaro · Le Parisien
Le contraste saute aux yeux. Un enfant qui hérite de son parent dispose d’un abattement de 100 000 euros[5]. Un petit-enfant qui hérite en représentation d’un parent renonçant ne bénéficie, lui, que de l’abattement en ligne directe classique, très réduit dans ce cas de figure. En succession, l’abattement pour un petit-enfant tombe à 1 594 euros[5]. La différence est considérable et doit être anticipée.
Une nuance essentielle sépare les enfants qui héritent en représentation. Quand plusieurs petits-enfants prennent la place d’un même parent renonçant, ils se partagent la part de ce parent, et l’abattement se partage avec elle. La représentation ne multiplie pas les abattements de 100 000 euros. Ce point est régulièrement mal compris et coûte cher aux familles qui croient additionner les avantages.
La bonne nouvelle de l’arrêt de 2026 se lit précisément dans ce cadre. Les petits-enfants paient les droits sur ce qu’ils reçoivent effectivement du grand-parent. Ils ne supportent aucune taxation supplémentaire au titre des donations passées à leur parent. Le fisc ne peut plus gonfler artificiellement leur base imposable.
Transmission transgénérationnelle : les leviers à connaître
Renonciation ou donation transgénérationnelle, deux chemins vers les petits-enfants
La renonciation n’est pas le seul moyen de faire hériter directement les petits-enfants. Avant la réforme de 2006, quand un héritier renonçait, sa part revenait à ses cohéritiers, c’est-à -dire à ses frères et sÅ“urs[3]. Depuis, la part du renonçant revient à ses propres enfants, ses représentants, en application de l’article 805 du Code civil[3]. C’est ce basculement qui a ouvert la voie à la transmission sur deux générations.
Un grand-parent peut donc, par une simple renonciation de son enfant au moment du décès, faire hériter directement ses petits-enfants. Cette formule a un défaut. Elle offre moins de souplesse qu’une transmission transgénérationnelle organisée en amont, par une donation-partage ou un legs testamentaire[3]. La renonciation se décide au décès, dans l’urgence, sans possibilité d’ajuster finement les parts entre les branches familiales.
La donation-partage transgénérationnelle, elle, se construit du vivant du grand-parent, avec l’accord de l’enfant intermédiaire. Elle permet de répartir précisément le patrimoine entre les petits-enfants, de figer les valeurs et d’éviter les conflits futurs. Un parent de 60 ans qui organise en amont plutôt que de laisser jouer une renonciation subie garde la main sur l’ensemble de sa stratégie de transmission.
Attention à un piège récurrent. La renonciation ne se manie pas comme un jeu à la carte selon le lien de parenté. Si vous êtes le seul héritier de votre frère ou sÅ“ur sans enfant, renoncer à sa succession n’envoie pas la part à vos propres enfants dans les mêmes conditions favorables. Dans le cas d’une transmission entre oncle et neveu, la taxation grimpe à 55 %[4]. La renonciation reste efficace en ligne directe, beaucoup moins en ligne collatérale.
Les stratégies à activer avant qu’il ne soit trop tard
La première décision consiste à comparer, chiffres en main, la renonciation et la donation-partage transgénérationnelle. Prenons un grand-parent avec un patrimoine à transmettre, un enfant unique déjà bien doté, et deux petits-enfants. Faire renoncer l’enfant au moment du décès envoie la part vers les petits-enfants, chacun taxé en ligne directe sur ce qu’il reçoit réellement, sans rappel des donations passées à leur parent depuis l’arrêt de 2026.
La donation de son vivant reste l’outil le plus puissant pour ceux qui anticipent tôt. Un grand-parent peut donner jusqu’à 31 865 euros à chaque petit-enfant en franchise de droits[5], abattement qui se reconstitue tous les quinze ans par le jeu du rappel fiscal. À cela s’ajoute, pour un donateur de moins de 80 ans, un abattement supplémentaire de 31 865 euros au titre du don d’argent familial aux petits-enfants majeurs[2]. Deux enveloppes distinctes, cumulables, qui se rechargent avec le temps.
Le calendrier est votre meilleur allié. Chaque abattement se reconstitue au bout de quinze ans. Un grand-parent qui commence à donner à 60 ans peut ainsi renouveler ses donations une, voire deux fois avant 90 ans. Anticiper de quinze ans permet mécaniquement de doubler les sommes transmises hors droits, là où une transmission uniquement au décès concentre tout sur un seul abattement, souvent le plus faible.
Le démembrement mérite aussi d’entrer dans l’équation pour les grands-parents fortunés. Donner la nue-propriété d’un bien en conservant l’usufruit réduit l’assiette taxable, car seule la valeur de la nue-propriété est soumise aux droits. La combinaison d’un démembrement et d’une transmission transgénérationnelle organisée en amont offre une souplesse que la renonciation, décidée au décès, ne permet jamais d’atteindre.
Les erreurs qui coûtent des dizaines de milliers d’euros
La première erreur est de croire que la représentation multiplie les abattements. Quand plusieurs petits-enfants héritent à la place d’un parent renonçant, ils se partagent la part de ce parent et l’abattement qui l’accompagne. Aucun d’entre eux ne dispose d’un abattement plein de 100 000 euros au titre de la représentation. Cette confusion conduit à sous-estimer gravement les droits à payer.
La deuxième erreur consiste à renoncer sans mesurer le lien de parenté en jeu. La renonciation est efficace en ligne directe, entre grands-parents et petits-enfants. Elle devient un piège en ligne collatérale. Renoncer à la succession d’un oncle ou d’une tante sans enfant expose vos propres enfants à une taxation de 55 %[4]. Un calcul préalable évite ce genre de mauvaise surprise.
La troisième erreur est l’absence totale d’anticipation. Attendre le décès pour agir revient à se priver du rappel fiscal de quinze ans, du démembrement et de la souplesse de la donation-partage. Un patrimoine transmis sans préparation subit le barème plein sur l’abattement le plus faible. À l’inverse, une stratégie engagée dès 60 ans lisse la transmission sur plusieurs décennies et fait tomber la note fiscale de façon spectaculaire.
Notre analyse : une victoire fiscale à ne pas surinterpréter
L’arrêt du 8 juillet 2026 est une vraie bonne nouvelle, mais il ne transforme pas la renonciation en bonne solution. Ce que la Cour de cassation confirme, c’est un principe de bon sens fiscal : on ne taxe pas quelqu’un sur ce qu’il n’a jamais reçu. Les petits-enfants qui héritent en représentation paient sur leur part réelle, sans rappel des donations faites à leur parent renonçant[1]. Le fisc perd un levier de redressement qu’il actionnait abusivement.
Ce que personne ne vous dit clairement, c’est que la renonciation reste une stratégie de second choix face à une transmission anticipée. Elle se décide dans l’urgence du décès. Elle prive l’enfant intermédiaire de tout arbitrage sur sa propre part. Et surtout, elle ne fait bénéficier les petits-enfants que d’un abattement réduit en succession, très loin des 100 000 euros dont profite un enfant héritant directement de son parent[5]. La donation-partage transgénérationnelle, organisée du vivant, reste supérieure sur presque tous les plans.
La leçon patrimoniale est limpide. Cet arrêt sécurise les familles qui ont recours à la renonciation, souvent par nécessité ou par choix tardif. Mais il ne dispense personne d’anticiper. Un grand-parent qui structure sa transmission dès 60 ans, en combinant donations régulières, démembrement et donation-partage, transmettra davantage, avec moins de droits et beaucoup moins de conflits. La renonciation est un filet de sécurité juridique, pas un plan de transmission. Ceux qui anticipent gardent la main, les autres subissent le barème.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Renonciation à succession et taxation des petits-enfants
- La Cour de cassation a jugé le 8 juillet 2026 que les enfants d'un héritier renonçant ne sont pas taxés sur les donations reçues par leur parent.
- Une famille a échappé à un redressement fiscal de 350 000 euros grâce à cette décision.
- Les petits-enfants héritant en représentation sont taxés en ligne directe, sur leur part réelle uniquement.
- L'abattement en succession pour un petit-enfant est de seulement 1 594 euros, contre 100 000 euros pour un enfant.
- En ligne collatérale, renoncer à la succession d'un oncle expose les enfants à une taxation de 55 %.
Sources
5 sources · 13 faits vérifiés
