Confier son PER à un professionnel ne garantit rien. En 2025, deux plans d’épargne retraite avec le même profil de risque ont affiché plus de 20 points d’écart de performance. Derrière la promesse rassurante de la gestion pilotée se cache une réalité brutale : le pilote change tout, et les frais grignotent votre capital pendant trente ans.
La gestion pilotée est le mode de gestion proposé par défaut sur le plan d’épargne retraite. L’idée séduit : vous déléguez les arbitrages à un professionnel, votre capital est fortement exposé aux actions quand la retraite est lointaine, puis progressivement sécurisé à mesure que le départ approche. Sur le papier, c’est le pilotage automatique parfait pour l’épargnant qui ne veut pas s’occuper de son argent.
Sauf que le pilotage automatique a un défaut redoutable. On ne regarde plus. On laisse vivre le produit pendant des années, persuadé que le professionnel fait le nécessaire. Or les écarts de résultats entre deux PortabPER pilotés sont considérables, et une fraction de point de frais prélevée chaque année pendant trois décennies peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros de capital en moins. Au-delà du rendement affiché une année donnée, c’est cette mécanique de long terme qui décide vraiment de votre retraite.
Un même profil, des résultats qui n’ont rien à voir
Choisir un niveau de risque ne suffit pas à présager du rendement obtenu. En 2025, à plus de vingt ans de la retraite, plus de 20 points séparent les extrêmes en gestion équilibrée. En profil prudent, les performances s’échelonnent de 1,42 % à 15,98 %. Cyrille Chartier-Kastler résume la situation d’un mot : « c’est monstrueux ». On parle bien du même niveau de risque affiché, pour des résultats qui vont du simple au décuple.
Ces écarts se retrouvent chez les acteurs les plus connus. Chez Fortuneo, le profil dynamique situé entre 15 et 10 ans de la retraite a rapporté 7,31 % en 2025, presque autant que le profil équilibré à 7,29 %, contre 4,02 % pour le prudent[1]. Chez BoursoBank, le PER MATLA affiche des performances comprises entre 6,69 % et 8,18 % selon les profils retenus[1]. Deux banques en ligne réputées bon marché, et pourtant des trajectoires différentes.
Les comparatifs indépendants confirment l’ampleur du phénomène. Selon MoneyVox, les performances 2025 nettes de frais s’étalent de +2,50 % à +4,84 % pour les profils prudents, de +3,40 % à +9,31 % pour les profils équilibrés, et jusqu’à +18,61 % pour un profil offensif comme le mandat Audacieux de BDL Club Invest[3]. Good Value for Money va plus loin encore : pour un épargnant fictif de 35 ans en 2024, la meilleure gestion profilée dynamique aurait rapporté 12,70 % net de frais, contre 0,60 % pour la moins bonne[4].
| Profil de risque | Performance la plus basse | Performance la plus haute |
|---|---|---|
| Prudent | 1,42 % | 15,98 % |
| Équilibré (MoneyVox) | 3,40 % | 9,31 % |
| Offensif (MoneyVox) | — | 18,61 % |
Source : Capital.fr · MoneyVox
Les frais, l’ennemi silencieux de votre capital retraite

Entre frais de contrat, frais de gestion pilotée et frais des supports, la facture d’un PER peut dépasser 2 % par an[1]. Sur trente ans, cela représente plusieurs dizaines de milliers d’euros de capital en moins. Le problème, c’est que ces frais s’empilent sans que l’épargnant en ait toujours conscience. Chaque couche paraît modeste isolément. Additionnées et prélevées année après année, elles pèsent lourd.
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Selon le comparatif 2026 d’Avenue des Investisseurs, le coût annuel total des PER en gestion pilotée étudiés varie d’environ 1 % à plus de 2 % selon les contrats et les supports[2]. Jonathan Nito pose un repère clair : « Pour une gestion pilotée classique, je considère qu’un coût total autour de 1 % à 1,5 % par an reste compétitif. À partir de 2 %, il faut vraiment regarder ce qui justifie ce niveau de frais »[2]. Autrement dit, franchir la barre des 2 % n’est pas rédhibitoire, mais cela doit se mériter.
La logique est implacable et elle vaut pour toute enveloppe de long terme. Un demi-point ou un point de frais supplémentaire chaque année pendant vingt ou trente ans peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros de capital en moins[2]. Mais attention au raccourci : le moins cher n’est pas toujours le meilleur. Si une gestion pilotée coûte un point de plus par an, elle doit générer au moins autant de performance supplémentaire pour simplement compenser son surcoût[2]. Les frais ne se jugent jamais seuls, mais à l’aune de ce qu’ils achètent.
| Coût annuel total | Appréciation |
|---|---|
| 1 % à 1,5 % | Compétitif pour une gestion pilotée classique |
| À partir de 2 % | À justifier par une surperformance réelle |
Source : Capital.fr
Bien choisir son PER piloté : les enjeux
Comment comparer deux PER sans se faire piéger
Le bon réflexe tient en un chiffre : le rendement net. « Il ne faut pas regarder les frais seuls, mais ce qu’il reste une fois qu’ils ont été déduits de la performance. Si un contrat affiche 6 % de rendement avant frais et prélève 2 %, il reste environ 4 % à l’épargnant. C’est ce rendement net qu’il faut comparer entre les contrats », explique Jonathan Nito[2]. Un contrat brillant sur le papier mais chargé en frais peut finir derrière un concurrent plus discret mais économe.
Avant de souscrire, quatre postes doivent être examinés ensemble : les frais sur versement, les frais annuels, le coût éventuel du mandat de gestion pilotée et les frais des supports. Les producteurs de PER mettent à disposition un tableau standardisé qui liste tous ces frais[2]. Guillaume Derrien, chez Garance, recommande de réclamer systématiquement ce document pour chaque contrat envisagé[4]. C’est le seul moyen de comparer des pommes avec des pommes.
Le rendement du fonds euros donne aussi un indice sur la solidité du contrat. Le PER de La Financière de l’Échiquier et d’autres acteurs cotés au comparatif MoneyVox affichent des taux servis contrastés : 3,00 % pour LinXea PER en 2025, 1,30 % pour un contrat comme le PER Green-Got[5]. En 2024, un fonds en euros de référence servait 2,5 %[4]. Ces écarts, sur la poche sécurisée du contrat, comptent d’autant plus à l’approche de la retraite, quand l’allocation bascule vers les actifs peu risqués.
Attention enfin à un point trop souvent négligé : la performance doit s’apprécier dans la durée, pas sur une seule année. Un profil qui truste le haut du classement 2025 grâce à une forte exposition actions peut souffrir l’année suivante en cas de retournement. C’est pourquoi les comparatifs sérieux affichent des performances annualisées sur cinq ans[3]. Un bon PER se juge sur un cycle, pas sur un millésime.
Ce que 2026 change pour l’allocation de votre PER
La gestion pilotée à horizon évolue, et l’épargnant doit en avoir conscience. Le gestionnaire doit désormais proposer au moins une autre formule d’allocation en gestion pilotée, avec un seuil, un rythme de sécurisation ou des supports différents[5]. Vous n’êtes donc pas prisonnier de l’allocation par défaut : vous pouvez opter pour une autre répartition, voire pour la gestion libre, à condition de le mentionner expressément.
Nouveauté marquante, les actifs non cotés font leur entrée dans les allocations cibles. Pour un profil équilibré, 4 % de l’allocation doit désormais être placée en actifs non cotés[1]. Le seuil monte à 8 % pour un profil dynamique en assurance-vie, et jusqu’à 12 % pour un profil dynamique de PER encore loin de la liquidation[1]. Cette diversification vers le private equity vise un supplément de rendement à long terme, mais elle ajoute une couche d’illiquidité et de frais qu’il faut intégrer dans son analyse.
L’horizon de placement reste le paramètre décisif. Un PER dynamique à plus de vingt ans de la retraite peut encaisser la volatilité des marchés actions, parce que le temps travaille pour lui. Le même profil à cinq ans du départ n’a plus cette marge : une chute des marchés à la veille de la liquidation peut amputer durablement le capital. Le pilotage à horizon est précisément conçu pour désamorcer ce risque, en sécurisant progressivement l’épargne. Encore faut-il vérifier que le rythme de sécurisation vous convient.
Les erreurs qui vous coûtent le plus cher
La première erreur est de souscrire et d’oublier. Sur le PER, les épargnants ont davantage tendance à laisser le produit vivre parce qu’ils n’y toucheront pas avant des années et qu’il est piloté par l’assureur[4]. Ce désintérêt a un prix : on ne remarque pas qu’un contrat sous-performe systématiquement ses concurrents, année après année. Un point d’écart annuel maintenu sur trois décennies transforme une retraite confortable en retraite médiocre.
La deuxième erreur consiste à choisir le contrat le moins cher plutôt que le plus performant. « Il est toujours plus judicieux d’avoir le PER le plus performant que le moins cher en frais », rappelle Jean-Baptiste de Pascal[4]. Le raisonnement inverse, chasser le zéro frais à tout prix, peut conduire à un contrat pauvre en supports de qualité ou dépourvu de fonds euros solide. Le rendement net reste l’unique boussole.
La troisième erreur est de confondre profil de risque et garantie de résultat. Choisir « équilibré » ou « dynamique » ne dit rien du rendement que vous obtiendrez : deux contrats du même profil ont écarté de plus de 20 points en 2025. La qualité du gérant, la structure de l’allocation et le niveau de frais font toute la différence à profil identique.
Notre analyse : le pilote compte plus que le pilotage
Le vrai enseignement de ces comparatifs n’est pas que la gestion pilotée serait mauvaise. C’est qu’elle n’a de valeur que si le pilote est bon. Déléguer ses arbitrages à un professionnel médiocre revient à payer pour sous-performer. Or beaucoup d’épargnants souscrivent le contrat de leur banque par défaut, sans jamais comparer, persuadés qu’un produit piloté se vaut d’un établissement à l’autre. Les chiffres démentent radicalement cette intuition.
Ce que les brochures oublient de dire, c’est que le PER se joue sur trente ans et sur une équation à deux inconnues : la performance nette et la transmission. Car au-delà du gain immédiat, le PER conserve un intérêt successoral spécifique selon l’âge au décès et l’antériorité du contrat. L’arbitrage entre rendement, frais et enveloppe fiscale doit donc se penser dans la durée complète, pas au coup par coup. Un demi-point de frais économisé chaque année, capitalisé sur toute une vie active, pèse davantage qu’un bon millésime isolé.
Notre conseil est simple et exigeant. Réclamez le tableau standardisé des frais pour chaque contrat, comparez les rendements nets sur cinq ans plutôt que sur un an, vérifiez la robustesse du fonds euros et le rythme de sécurisation à l’approche de la retraite. Et surtout, ne laissez pas votre PER vivre sa vie : un rendez-vous annuel pour vérifier sa trajectoire vaut, sur trente ans, plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
PER en gestion pilotée : l'essentiel à comparer en 2026
- Plus de 20 points d'écart de performance entre PER de même profil en 2025
- Profil prudent : rendements 2025 de 1,42 % Ã 15,98 % selon les contrats
- La facture totale d'un PER peut dépasser 2 % de frais par an
- Coût compétitif : entre 1 % et 1,5 % par an pour une gestion pilotée classique
- Un point de frais en trop sur 30 ans coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros
- En 2026, 4 % d'actifs non cotés dans l'allocation d'un profil équilibré
Sources
5 sources · 20 faits vérifiés
