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Surtaxe sur les bénéfices : le taux d’IS grimpe à 35,3 % pour les entreprises à plus de 3 milliards

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Le budget 2026 reconduit pour une deuxième année la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises. Le taux effectif d’impôt sur les sociétés atteint 35,3 % au-delà de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Une trajectoire fiscale qui redessine l’arbitrage entre investir en France et ailleurs.

Pendant que le Vietnam débat d’une baisse d’impôt de 30 % pour ses entreprises réalisant moins de 10 milliards de dongs de chiffre d’affaires, la France prend le chemin inverse pour ses grands groupes. L’Assemblée nationale a validé fin octobre 2025 la prolongation d’une surtaxe présentée à l’origine comme exceptionnelle. Le contraste est frappant : deux pays, deux philosophies fiscales opposées, au même moment.

Cette contribution sur les bénéfices des grandes entreprises n’est pas anodine. Elle vise environ 450 sociétés, celles qui pèsent le plus dans l’économie hexagonale. Pour un dirigeant, un actionnaire ou un investisseur exposé à ces valeurs, la mécanique compte autant que le principe. Comprendre qui paie, combien, et jusqu’à quand permet d’anticiper l’effet sur la rentabilité et sur les choix d’implantation. Voici la mécanique exacte, chiffres à l’appui.

La surtaxe exceptionnelle devenue durable

La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises est née avec le budget 2025. Elle devait durer un an. Le principe : ajouter une surtaxe à l’impôt sur les sociétés classique, dont le taux de droit commun s’établit à 25 %. Le fait générateur repose sur le chiffre d’affaires réalisé, avec un seuil d’entrée fixé à 1 milliard d’euros. En dessous, aucune entreprise n’est concernée.

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Le budget 2026 change la donne : la surtaxe est reconduite pour une deuxième année consécutive, mais avec un rendement réduit de moitié par rapport à 2025, ramené à 4 milliards d’euros[2] dans la copie initiale du gouvernement. C’est là que réside la première rupture. Une taxe qualifiée d’exceptionnelle dans son intitulé s’installe dans le paysage. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a dénoncé cette prolongation en évoquant le risque d’une délocalisation des investissements vers des pays « plus accueillants » fiscalement[3].

Les débats parlementaires ont ensuite alourdi la note. Le 27 octobre 2025, les députés ont adopté un amendement du gouvernement portant le rendement de la surtaxe à 6 milliards d’euros, soit 2 milliards de plus que prévu[4]. Le compromis retenu fait peser cette hausse sur les plus grands groupes uniquement. Concrètement, le gouvernement a cherché un juste milieu entre sa proposition initiale et la demande de plusieurs députés de maintenir le rendement au niveau de 2025.

Cette assiette progressive selon le chiffre d’affaires est le cÅ“ur du dispositif. Plus une entreprise est grande, plus son taux effectif d’IS grimpe. Le mécanisme repose sur des taux combinés : la somme de l’IS classique et de la surtaxe appliquée sur cet impôt.

Les taux exacts selon le chiffre d’affaires

Image : Freepik

Deux tranches structurent la surtaxe 2026. La première concerne les entreprises réalisant entre 1 et 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La seconde vise celles dépassant 3 milliards. L’écart de traitement est massif, et c’est précisément l’effet recherché par le compromis parlementaire.

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Pour la tranche intermédiaire, le taux de surtaxe voté s’établit à 5 %[2], appliqué sur l’impôt sur les sociétés dû. Ce chiffre marque un allègement net par rapport aux versions antérieures : le projet de budget 2026 prévoyait 10,3 %, et celui de 2025 atteignait 20,6 %[4]. Le taux combiné d’IS pour cette catégorie ressort ainsi à 26,25 %[2], soit à peine plus que le taux de droit commun.

Pour les groupes dépassant 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la logique s’inverse. Le taux de la surtaxe atteint 41,2 %, ce qui porte leur taux effectif d’impôt sur les sociétés à 35,3 %[3]. Autrement dit, plus de dix points au-dessus du taux normal. C’est cette catégorie qui supporte l’essentiel de l’effort supplémentaire de 2 milliards d’euros voté par l’Assemblée.

Taux d’imposition selon le chiffre d’affaires, budget 2026
Chiffre d’affaires Taux de surtaxe Taux effectif d’IS
Moins de 1 milliard € Aucune 25 %
Entre 1 et 3 milliards € 5 % 26,25 %
Plus de 3 milliards € 41,2 % 35,3 %

Source : Capital · Les Echos

Attention à ne pas confondre taux de surtaxe et taux combiné. Le taux de 5 % s’applique sur le montant de l’impôt sur les sociétés déjà dû, pas sur les bénéfices bruts. Le taux effectif d’IS, lui, exprime la charge fiscale totale rapportée au résultat imposable. C’est ce second chiffre qui traduit la réalité pour la trésorerie de l’entreprise.

Ce que la surtaxe change pour votre patrimoine

Impôt alourdi au sommet
Sur 100 millions € de bénéfice, un groupe à plus de 3 milliards € de CA paie 35,3 millions € d'IS, contre 25 millions au taux normal.
Effet sur les dividendes
Un IS plus lourd réduit le bénéfice net distribuable, donc la base de calcul des dividendes pour les actionnaires des grandes valeurs.
Effet de seuil brutal
Franchir 3 milliards € de chiffre d'affaires fait passer le taux effectif d'IS de 26,25 % à 35,3 % d'un coup.
Un texte encore mouvant
Le Sénat s'est opposé à la surtaxe. La version finale peut évoluer avant l'adoption définitive du budget 2026.
L'exceptionnel devenu durable
Prévue pour un an en 2025, la surtaxe en est déjà à sa deuxième reconduction consécutive.

Ce que ça change pour les grands groupes

Sur 100 millions d’euros de bénéfice imposable, un groupe dépassant 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires supporte un taux effectif de 35,3 %. Cela représente 35,3 millions d’euros d’impôt sur les sociétés, contre 25 millions au taux de droit commun. L’écart, plus de 10 millions d’euros par tranche de 100 millions de résultat, illustre le poids réel de la surtaxe pour cette catégorie.

La tranche intermédiaire s’en tire nettement mieux. Sur la même base de 100 millions d’euros de bénéfice, le taux de 26,25 % génère 26,25 millions d’euros d’impôt. Soit un surcoût limité à 1,25 million par rapport au régime normal. Le compromis parlementaire a donc clairement protégé les entreprises de taille intermédiaire supérieure pour concentrer l’effort sur les plus grosses.

Cet écart de traitement n’est pas neutre pour les décisions d’investissement. L’Afep, le lobby des grandes entreprises, a dénoncé une surtaxe qui touche directement les sociétés exposées à la concurrence mondiale, avec des conséquences sur l’investissement en France et sur l’emploi[3]. L’argument porte : un taux effectif d’IS supérieur de dix points à la norme réduit mécaniquement la capacité d’autofinancement.

Pour l’actionnaire, l’effet transite par le bénéfice net distribuable. Un impôt sur les sociétés plus lourd rogne le résultat après impôt, donc la base sur laquelle se calculent les dividendes. Les investisseurs exposés aux grandes valeurs cotées françaises doivent intégrer ce paramètre dans leurs projections de rendement pour les exercices concernés.

Une trajectoire fiscale à contre-courant

Le contraste avec d’autres économies est saisissant. Le Vietnam envisage une baisse d’impôt de 30 % pour ses particuliers et entreprises sous le seuil de 10 milliards de dongs de chiffre d’affaires, sur l’exercice 2026. L’Italie, de son côté, a choisi de réduire les taxes sur les carburants pour faire baisser le prix à la pompe[4]. La France, elle, prolonge et durcit une surtaxe sur ses champions nationaux.

Cette divergence pose une question stratégique pour tout groupe international. Le PDG de TotalEnergies l’a formulée sans détour : il arrive un moment où l’on réfléchit à savoir si l’on veut investir dans son pays ou dans un pays plus accueillant fiscalement[3]. Cette menace de délocalisation des investissements, brandie par plusieurs dirigeants, constitue le principal argument des opposants à la surtaxe.

Le Sénat s’est opposé à la surtaxe sur les grandes entreprises[2], créant une incertitude sur la version finale du texte. La navette parlementaire peut encore modifier les taux ou les seuils avant l’adoption définitive du budget. Pour un dirigeant, cela impose une veille attentive : la copie votée par l’Assemblée n’est pas gravée dans le marbre tant que le processus législatif n’est pas achevé.

Les erreurs d’anticipation à éviter

Première erreur : raisonner sur le taux de surtaxe brut plutôt que sur le taux effectif d’IS. Un dirigeant qui lit « 41,2 % » peut croire que son bénéfice est amputé de plus de 40 %. C’est faux. Ce taux s’applique sur l’impôt dû, ce qui aboutit à un taux effectif de 35,3 %. La confusion peut fausser lourdement les projections de trésorerie.

Deuxième erreur : considérer le seuil de chiffre d’affaires comme figé. Une entreprise qui franchit le milliard d’euros, ou les 3 milliards, bascule dans une tranche supérieure avec un saut de taux considérable. Un groupe passant de 2,9 à 3,1 milliards voit son taux effectif bondir de 26,25 % à 35,3 %. Cet effet de seuil mérite une planification fine du chiffre d’affaires consolidé.

Troisième erreur : présumer de la pérennité ou de la disparition du dispositif. La surtaxe a été prolongée d’un an alors qu’elle était censée être unique. Rien ne garantit qu’elle ne sera pas reconduite une troisième fois, ni qu’elle disparaîtra comme annoncé. Bâtir un plan d’investissement pluriannuel en pariant sur son extinction serait imprudent.

Notre analyse

L’histoire de cette surtaxe raconte surtout l’effacement progressif de la notion d’exceptionnel en fiscalité française. Née pour un an dans le budget 2025, elle en est déjà à sa deuxième reconduction. Le vocabulaire budgétaire s’est vidé de son sens : l’exceptionnel devient structurel dès qu’un besoin de recettes se présente. C’est le vrai enseignement pour tout redevable, particulier comme entreprise.

Le compromis à deux vitesses est habile politiquement mais lourd de signaux. En allégeant la tranche intermédiaire tout en durcissant celle des plus grands groupes, le législateur concentre la charge sur les acteurs les plus mobiles internationalement. Ce sont précisément ceux qui peuvent délocaliser leurs investissements. Le risque n’est pas théorique : un taux effectif de 35,3 % contre 25 % ailleurs pèse dans les arbitrages d’implantation.

Pour l’investisseur, la leçon est simple. La fiscalité des sociétés n’est plus une donnée stable sur laquelle bâtir des projections de dividendes à cinq ans. Elle est devenue une variable politique, ajustée chaque automne au gré des équilibres budgétaires. Intégrer cette volatilité fiscale dans l’analyse des grandes valeurs cotées n’est plus optionnel, c’est une nécessité de gestion.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.

Surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises 2026

  • Le taux effectif d'IS atteint 35,3 % au-delà de 3 milliards € de chiffre d'affaires
  • Taux effectif de 26,25 % pour les entreprises entre 1 et 3 milliards €
  • Aucune surtaxe en dessous de 1 milliard € de chiffre d'affaires
  • La surtaxe reconduite doit rapporter 6 milliards € après amendement
  • Environ 450 entreprises sont concernées par le dispositif
  • Le taux d'IS de droit commun reste fixé à 25 %
Astrid
Astrid
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