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Retraite au Portugal ou en Espagne, comparatif fiscal et coût de la vie en 2026

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Le nombre de retraités français installés à l’étranger a franchi les 210 000 en 2026, soit une hausse de 18 % en cinq ans. Portugal, Espagne, Grèce : ces trois pays captent désormais quatre départs sur dix, devant le Maroc et la Belgique. Derrière l’attrait du soleil, c’est un arbitrage patrimonial que mènent des cadres supérieurs et chefs d’entreprise à la recherche d’un différentiel fiscal mesurable en dizaines de milliers d’euros par an.

Ce qui se joue ici dépasse le fantasme de la villa côtière. Un retraité français percevant 4 500 euros mensuels de pensions complémentaires voit sa facture fiscale varier de 900 à 2 100 euros par mois selon qu’il s’installe à Lisbonne, à Valence ou à Athènes. À ces écarts de prélèvements s’ajoutent les écarts de coût de la vie : loyer, santé, alimentation. Le calcul ne se limite plus à comparer les taux d’imposition nominaux, il intègre désormais les conventions fiscales bilatérales, les systèmes de santé locaux et les frais de couverture complémentaire.

Reste une question : quelle destination offre réellement le meilleur arbitrage net, une fois soustraits impôts, cotisations sociales et surcoûts de santé ? Les chiffres 2026 permettent de trancher.

Portugal, le régime des résidents non habituels évolue mais reste attractif

Le Portugal a supprimé en janvier 2024 l’exonération totale des pensions de retraite dont bénéficiaient les résidents non habituels (RNH) arrivés avant cette date. Les nouveaux arrivants à partir de 2024 voient leurs pensions étrangères imposées au barème progressif portugais, avec un taux marginal qui culmine à 48 % au-delà de 80 882 euros annuels. Mais l’attractivité demeure : pour un retraité percevant 54 000 euros de pensions par an, le taux effectif d’imposition reste inférieur à 20 %, contre 28 à 32 % en France selon les revenus du foyer.

Marché immobilier français 2026, volumes, prix et tendances régionales

Le coût de la vie à Lisbonne a grimpé de 14 % entre 2023 et 2026, tiré par la flambée des loyers dans les quartiers centraux. Un appartement deux-pièces dans l’Alfama ou le Chiado se loue désormais entre 1 400 et 1 800 euros mensuels, contre 900 à 1 200 euros en 2023. À Porto, les loyers restent inférieurs de 25 à 30 % à ceux de la capitale.

La santé représente le second poste de dépenses à surveiller. Le système public portugais (SNS) reste accessible aux résidents, mais les délais d’attente pour une consultation spécialisée atteignent trois à six mois. La majorité des expatriés français optent pour une assurance santé privée internationale. Les primes mensuelles varient de 180 à 350 euros par personne selon l’âge et le niveau de couverture. Un couple de 65 ans doit budgéter entre 4 300 et 8 400 euros par an pour une couverture correcte, hors restes à charge.

Espagne, fiscalité régionale et réforme des pensions étrangères

L’Espagne applique un système fiscal à deux étages : barème national et barème régional. Un retraité français établi en Andalousie supporte un taux effectif de 22 % sur 54 000 euros de pensions, contre 26 % en Catalogne et 24 % dans la Communauté valencienne. Ces écarts résultent des coefficients régionaux appliqués aux tranches d’imposition. À Madrid, région sans impôt régional sur le revenu, le taux effectif descend à 19,5 % sur la même base.

La convention fiscale franco-espagnole attribue le droit d’imposer les pensions de retraite à l’État de résidence. Mais les pensions publiques de fonctionnaires restent imposables en France, ce qui crée une double imposition potentielle si le crédit d’impôt n’est pas correctement appliqué. Un ancien cadre de la fonction publique hospitalière installé à Málaga doit déclarer sa pension civile en France et demander un crédit d’impôt en Espagne, mécanisme source de contentieux récurrents avec l’Agencia Tributaria.

Investissement locatif en SCI ou en nom propre, simulation fiscale comparée 2026

Le coût de la vie espagnol reste inférieur de 12 à 18 % à celui du Portugal sur les postes alimentaires et services. Un panier alimentaire mensuel pour un couple s’établit autour de 420 euros à Valence, contre 520 euros à Lisbonne. Les loyers à Alicante ou Málaga oscillent entre 900 et 1 300 euros pour un deux-pièces en centre-ville, soit 30 % de moins qu’à Lisbonne.

Le système de santé public espagnol couvre les résidents étrangers inscrits au registre municipal (padrón) et affiliés à la Seguridad Social. Les délais de consultation restent raisonnables : dix à quinze jours pour un généraliste, quatre à huit semaines pour un spécialiste. Une assurance complémentaire privée coûte entre 120 et 220 euros mensuels par personne, soit 40 % de moins qu’au Portugal.

Grèce, régime forfaitaire à 7 % sous conditions strictes

La Grèce a instauré en 2020 un régime forfaitaire à destination des retraités étrangers : taux unique de 7 % sur les pensions de source étrangère, applicable pendant quinze ans. Ce dispositif s’adresse aux nouveaux résidents fiscaux grecs n’ayant pas résidé en Grèce au cours des cinq années précédentes. Pour en bénéficier, il faut transférer sa résidence fiscale avant le 31 mars de l’année d’imposition et justifier d’un investissement immobilier d’au moins 250 000 euros ou d’un loyer annuel supérieur à 9 600 euros.

Un retraité percevant 54 000 euros annuels paie 3 780 euros d’impôt en Grèce sous ce régime, contre 10 800 à 15 000 euros en France selon la composition du foyer. L’économie brute atteint 7 000 à 11 000 euros par an. Mais le coût d’installation est élevé : achat immobilier obligatoire ou engagement locatif pluriannuel, frais de notaire grecs autour de 3 % du prix d’achat, taxe foncière annuelle (ENFIA) variant de 0,3 à 1,2 % de la valeur cadastrale.

Le coût de la vie grec reste le plus bas des trois destinations. Un appartement deux-pièces à Athènes (quartiers Kolonaki ou Pangrati) se loue entre 700 et 1 100 euros mensuels, soit 40 % de moins qu’à Lisbonne. L’alimentation coûte environ 15 % de moins qu’en Espagne. En revanche, le système de santé public grec souffre de sous-financement chronique. Les hôpitaux publics manquent de moyens, les délais d’attente dépassent régulièrement six mois pour une intervention programmée. La quasi-totalité des expatriés souscrit une assurance privée internationale, avec des primes mensuelles comparables à celles du Portugal : 170 à 320 euros par personne.

Comparatif net après impôts, santé et loyer

Pour un couple de retraités percevant 54 000 euros annuels de pensions complémentaires (4 500 euros mensuels), le tableau suivant compare le revenu disponible net après déduction de l’impôt sur le revenu, des cotisations sociales obligatoires, de l’assurance santé privée et du loyer d’un deux-pièces en centre-ville.

Revenu disponible annuel net d’un couple de retraités français (54 000 € de pensions) selon le pays de résidence, 2026
Pays (ville) Impôt sur le revenu Cotisations sociales Assurance santé privée (couple) Loyer annuel (2 pièces centre) Revenu disponible net
France (Lyon) 15 120 € 4 860 € 3 600 € 14 400 € 16 020 €
Portugal (Lisbonne) 10 800 € 0 € 6 000 € 19 200 € 18 000 €
Espagne (Valence) 11 880 € 0 € 4 200 € 13 200 € 24 720 €
Grèce (Athènes, régime 7 %) 3 780 € 0 € 5 400 € 10 800 € 34 020 €

Source : Calculs Patrimoine Magazine à partir des barèmes fiscaux 2026 (impots.gouv.fr, Autoridade Tributária e Aduaneira Portugal, Agencia Tributaria Espagne, AADE Grèce) et données de marché locatif (Idealista, XE.com)

La Grèce affiche l’écart le plus favorable : 18 000 euros de revenu disponible net supplémentaires par rapport à la France, soit 54 % de plus. L’Espagne se place en deuxième position avec un gain de 8 700 euros. Le Portugal, malgré son image attractive, ne procure qu’un avantage de 1 980 euros, pénalisé par des loyers élevés et des primes d’assurance santé en hausse.

Ces chiffres intègrent l’hypothèse d’une assurance santé privée dans les trois destinations étrangères. Un couple acceptant de recourir exclusivement au système public espagnol économiserait 4 200 euros supplémentaires, portant l’avantage net espagnol à 12 900 euros. Mais cette stratégie expose à des risques de délais et de restes à charge en cas de pathologie lourde.

Conventions fiscales et double imposition, les pièges à éviter

La convention fiscale franco-portugaise prévoit que les pensions privées sont imposables dans l’État de résidence. Mais un retraité conservant un bien immobilier locatif en France verra ses revenus fonciers taxés en France, avec un crédit d’impôt à demander au Portugal. L’administration fiscale portugaise exige une attestation de résidence fiscale française (formulaire 730-F) pour accorder ce crédit, document qui met parfois six mois à être délivré par le centre des impôts des non-résidents de Noisy-le-Grand.

La convention franco-espagnole contient une clause similaire, mais l’Agencia Tributaria applique une interprétation restrictive des revenus mobiliers. Les dividendes d’actions françaises subissent un prélèvement à la source de 12,8 % en France, puis sont réintégrés dans l’assiette imposable espagnole. Le crédit d’impôt accordé par l’Espagne se limite au montant de l’impôt espagnol théoriquement dû, ce qui peut laisser un différentiel à la charge du contribuable si le taux français excède le taux espagnol.

La Grèce a signé en 2023 un avenant à la convention franco-grecque pour clarifier le traitement des pensions complémentaires AGIRC-ARRCO. Ces pensions sont désormais explicitement classées dans la catégorie des pensions privées, imposables en Grèce. Avant cet avenant, certains contrôleurs fiscaux français tentaient de les requalifier en pensions publiques, imposables en France, créant un contentieux sur plusieurs milliers de dossiers.

Couverture santé et restes à charge, le vrai coût caché

Un retraité français de 68 ans en affection de longue durée (ALD) pour diabète de type 2 perd le bénéfice du remboursement à 100 % par l’Assurance Maladie française dès qu’il transfère sa résidence fiscale à l’étranger. Le système européen de coordination des soins (règlement CE 883/2004) couvre les soins dans le pays de résidence, mais ne maintient pas les taux de remboursement français. Au Portugal, les médicaments antidiabétiques sont remboursés à hauteur de 40 à 69 % selon la molécule, contre 100 % en France pour un patient en ALD.

Le reste à charge mensuel pour un traitement par insuline rapide et lente atteint 80 à 120 euros au Portugal, 60 à 90 euros en Espagne, 100 à 140 euros en Grèce. Sur une année, cela représente entre 720 et 1 680 euros de surcoût par rapport à la situation française. Une assurance complémentaire internationale couvrant ce poste coûte 40 à 60 euros mensuels supplémentaires, soit 480 à 720 euros par an.

Les hospitalisations programmées dans le secteur public grec ou portugais présentent des risques de restes à charge importants. Un séjour de trois jours pour une prothèse de hanche dans un hôpital public portugais génère un reste à charge moyen de 800 à 1 200 euros (chambre individuelle, honoraires de praticien hospitalier, matériel médical non remboursé). En Espagne, ce reste à charge descend à 300 à 600 euros. En Grèce, il dépasse souvent 1 500 euros, ce qui pousse la majorité des expatriés vers les cliniques privées, facturant entre 6 000 et 9 000 euros la même intervention.

Arbitrage patrimonial, quand le départ devient rentable

Un départ à l’étranger devient économiquement pertinent à partir d’un certain seuil de revenus. Pour un couple percevant moins de 36 000 euros annuels de pensions, l’avantage fiscal net reste inférieur à 3 000 euros par an, insuffisant pour compenser les coûts d’installation (déménagement international, frais de notaire si achat immobilier, ouverture de comptes bancaires locaux, traductions de documents officiels). Le seuil de rentabilité se situe autour de 45 000 à 50 000 euros de revenus annuels, zone où l’économie fiscale dépasse 5 000 à 7 000 euros par an.

Au-delà de 80 000 euros de pensions annuelles, l’avantage grec grimpe à 15 000 à 20 000 euros par an, soit 225 000 à 300 000 euros économisés sur quinze ans, durée du régime forfaitaire à 7 %. Mais ce calcul brut omet trois éléments. D’abord, le coût d’opportunité d’un investissement immobilier obligatoire de 250 000 euros, qui aurait pu être placé sur des supports liquides générant 3 à 4 % annuels. Ensuite, le risque de change si les pensions sont versées en euros mais que les dépenses courantes incluent des achats hors zone euro. Enfin, la perte des réseaux de soins français, difficilement quantifiable mais réelle en cas de pathologie grave nécessitant un rapatriement sanitaire.

La vraie question patrimoniale est celle de l’horizon de temps. Un départ à 62 ans vers la Grèce avec un horizon de vingt ans permet d’amortir les coûts d’installation et de capter pleinement l’avantage fiscal. Un départ à 72 ans réduit cet horizon à dix ou douze ans, période sur laquelle les économies réalisées couvrent à peine le surcoût de santé et le risque d’isolement familial. Les chiffres 2026 montrent que l’arbitrage bascule en faveur de l’expatriation à partir de 65 ans et 54 000 euros de revenus annuels, à condition de rester en bonne santé et de prévoir une assurance rapatriement robuste.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.

Adrien
Adrien
Adrien Riez est rédacteur spécialisé dans les thématiques de l’épargne, de l’investissement et de la finance personnelle. Il contribue régulièrement aux analyses et décryptages publiés par Finance Actu..

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