Le marché immobilier ancien tient debout en 2026, avec près de 955 000 transactions attendues. Mais le signal a changé de couleur. Passé du vert à l’orange, il pourrait virer au rouge en 2027 sous la pression des taux d’emprunt. Pour qui prépare un achat ou une transmission, la fenêtre se referme plus vite qu’on ne le croit.
Un marché reste solide tant que la demande se convertit en actes. C’est précisément là que le bât blesse. Les acheteurs sont là , les projets aussi, mais le financement se durcit. Les équipes de Seloger et Meilleurs Agents tablent sur un volume de transactions dans l’ancien comparable à celui de 2025, autour de 955 000 opérations. Un niveau honorable, mais en dessous du potentiel réel du marché, estimé plus proche du million.
Ce décalage n’est pas anecdotique. Il traduit une friction : une demande présente qui bute sur des conditions de crédit moins favorables. Et cette friction a une traduction fiscale et patrimoniale directe. Acheter dans un marché qui ralentit, transmettre un bien dont la valeur pourrait plafonner, arbitrer entre pierre physique et pierre papier : chaque décision engage des montants et des impôts qui se comptent en dizaines de milliers d’euros. Regardons la mécanique de près.
Un marché à l’orange : ce que disent vraiment les chiffres
Le diagnostic de rentrée est sans détour. Du vert en 2025 et début 2026, les voyants sont progressivement passés à l’orange, et pourraient se teinter de rouge en 2027. La bascule ne vient pas d’un effondrement de la demande. Elle vient du financement.
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Le volume de transactions dans l’ancien devrait terminer l’année autour de 955 000, un niveau comparable à 2025. Thomas Lefebvre, Vice-Président Data de Seloger et Meilleurs Agents, le reconnaît lui-même : le redémarrage observé l’an dernier semble inachevé, même si le marché ancien reste solide. Le potentiel, lui, se situerait plus près du million de transactions. L’écart entre les deux chiffres, c’est la mesure exacte de la demande qui n’aboutit pas.
Le facteur déclenchant est identifié : la hausse est enclenchée sur les taux d’emprunt immobiliers. Un renchérissement du crédit agit comme un impôt implicite sur le pouvoir d’achat immobilier. Concrètement, quand le taux monte, la mensualité pour un même emprunt grimpe, et la capacité d’achat recule à budget constant. C’est cette mécanique qui explique qu’une demande bien réelle se convertisse plus difficilement en signatures chez le notaire.
| Indicateur | Situation | Signal |
|---|---|---|
| Transactions attendues 2026 (ancien) | ~955 000 | Comparable à 2025 |
| Potentiel estimé du marché | ~1 000 000 | Écart non comblé |
| Couleur du voyant en 2026 | Orange | Vigilance |
| Perspective 2027 | Possible passage au rouge | Taux d’emprunt en hausse |
Source : Investir Les Echos, Seloger et Meilleurs Agents
Pourquoi ce ralentissement a une dimension fiscale

Un marché qui ralentit modifie l’assiette de vos décisions patrimoniales. Le prix d’un bien n’est pas qu’un prix : c’est une base imposable. C’est sur cette valeur que se calculent les droits de mutation à l’acquisition, la plus-value à la revente, l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière pour les patrimoines concernés, et les droits de donation ou de succession lors d’une transmission.
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En phase de plateau ou de repli des prix, transmettre revient à figer une valeur plus basse dans l’assiette taxable. C’est le raisonnement de fond derrière toute donation anticipée : purger la valeur au moment le plus favorable, avant une éventuelle reprise. À l’inverse, une revente dans un marché mou peut réduire mécaniquement la plus-value imposable, voire l’annuler si le prix de cession se rapproche du prix d’acquisition majoré des frais.
La confiance des Français dans la pierre reste inébranlable malgré les contraintes. Cette confiance ne doit pas faire oublier que la pierre est l’un des actifs les plus fiscalisés du patrimoine des ménages. Entre la taxe foncière, dont les avis sont disponibles avec peu de mauvaises surprises cette année dans les grandes villes, la fiscalité des revenus locatifs et les droits de transmission, le rendement net d’un bien immobilier se joue autant sur la fiscalité que sur le prix au mètre carré.
Le durcissement du crédit pèse aussi sur les investisseurs qui utilisaient l’effet de levier. Emprunter pour investir dans le locatif reposait sur un principe simple : le coût du crédit devait rester inférieur au rendement du bien, intérêts déductibles à l’appui pour les régimes au réel. Quand les taux montent, cette équation se tend. L’arbitrage entre acheter maintenant ou attendre devient alors un calcul fiscal autant que financier.
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Pierre physique ou pierre papier : le vrai arbitrage de 2026
Face à un marché à l’orange, deux logiques s’affrontent. Investir en direct dans un bien locatif, ou passer par la pierre papier via les SCPI. Les deux voies ne se valent ni en rendement, ni en fiscalité, ni en liquidité.
Du côté du locatif direct, viser une rentabilité de plus de 6 % suppose de se tourner vers des marchés alternatifs à risque élevé. Les rédactions spécialisées privilégient plutôt des communes plus onéreuses à l’acquisition mais plus dynamiques, avec des locataires solvables, permettant d’atteindre une rentabilité entre 6 et 8 % quand le bien est bien choisi. À l’autre extrémité du spectre, viser une rentabilité de moins de 4 % relève d’un choix de sécurité, ou de la carotte fiscale d’un dispositif de défiscalisation.
Du côté de la pierre papier, le tableau s’est assombri. Sur le marché secondaire, les décotes se creusent. Certaines valeurs de réalisation affichent des décotes allant jusqu’à 47 %, et plusieurs SCPI ont enregistré des baisses de prix marquées, dont une chute de presque 17 % pour l’une d’elles et de 11,8 % pour une autre. La concentration reste forte : dix SCPI ont accaparé 70 % de la collecte en six mois. Ces chiffres rappellent que la pierre papier n’est pas un placement sans risque de capital.
La fiscalité départage aussi les deux voies. Chaque société de gestion communique annuellement une valeur IFI par part, généralement inférieure au prix de souscription. Pour les redevables de l’impôt sur la fortune immobilière, cette valeur IFI constitue l’assiette taxable, et la question de savoir si la taxation à l’IFI plombe le rendement des SCPI mérite un calcul précis. Sur un patrimoine immobilier dépassant le seuil d’assujettissement, chaque tranche du barème progressif de l’IFI vient rogner le rendement net perçu.
Les erreurs à éviter avant le tournant de 2027
La première erreur consiste à raisonner en prix affiché plutôt qu’en coût réel de financement. Un bien vendu au même prix qu’il y a dix-huit mois coûte plus cher aujourd’hui si le taux d’emprunt a grimpé entre-temps. Le budget mensuel, pas l’étiquette, doit rester la boussole. Modifier son plan de financement sans intégrer la remontée des taux, c’est acheter un montant d’intérêts qu’on n’avait pas anticipé.
La deuxième erreur est de repousser une transmission dans l’attente d’une hypothétique remontée des prix. Si le marché plafonne ou se replie, attendre revient à transmettre plus tard une valeur potentiellement plus élevée, donc à alourdir l’assiette des droits de donation. Le raisonnement patrimonial classique privilégie de purger la valeur pendant une phase de calme, en s’appuyant sur les abattements renouvelables par période, plutôt que de subir une base gonflée au moment de la succession.
La troisième erreur touche les détenteurs de SCPI qui ignorent le signal du marché secondaire. Les décotes allant jusqu’à 47 % sur certaines valeurs de réalisation ne sont pas un détail. Elles signalent que la revente d’une part peut se faire nettement en dessous du prix de souscription. Verrouiller un placement pierre papier sans avoir vérifié sa liquidité et l’écart entre prix de souscription et valeur de réalisation, c’est s’exposer à une moins-value qu’on n’avait pas provisionnée.
Notre analyse : l’orange est une fenêtre, pas un feu rouge
Le consensus de rentrée insiste sur le risque de 2027. Mais l’angle qui manque, c’est que 2026 offre une fenêtre. Un marché à l’orange, c’est un marché où le rapport de force penche vers l’acheteur bien financé et vers le transmetteur avisé. Les vendeurs pressés négocient, les prix ne s’envolent plus, et la valeur reste basse dans l’assiette taxable. Pour qui a la trésorerie ou un dossier de crédit solide, c’est le moment de négocier, pas d’attendre un rouge qui rebattrait les cartes défavorablement.
Le vrai risque de 2027 n’est pas la baisse des prix : c’est le double effet ciseau. Des taux d’emprunt en hausse qui réduisent le pouvoir d’achat des acquéreurs, combinés à une fiscalité immobilière inchangée voire alourdie, qui continue de peser sur le rendement net. Dans ce scénario, ce ne sont pas les prix qui font mal, c’est l’écart entre le rendement brut affiché et le rendement réellement conservé après impôt et après coût du crédit.
La décision rationnelle en 2026 se résume ainsi. Pour l’acquéreur : négocier fort maintenant, sécuriser son taux tant qu’il est finançable, raisonner en coût total et non en prix affiché. Pour le détenteur : arbitrer sans attendre entre pierre physique et pierre papier, en intégrant la liquidité réelle et la valeur IFI. Pour le transmetteur : profiter d’une valeur de marché contenue pour purger l’assiette des droits, avant qu’un éventuel rebond ne renchérisse la facture fiscale. Le voyant orange n’est pas un ordre d’arrêt. C’est un signal de manÅ“uvre, à condition d’agir avec méthode.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Marché immobilier 2026 : les repères clés
- 955 000 transactions attendues dans l'ancien en 2026, comparable à 2025
- Potentiel du marché estimé proche du million de transactions
- Voyant passé du vert à l'orange, risque de rouge en 2027
- Taux d'emprunt immobiliers en hausse enclenchée
- SCPI : décotes jusqu'à 47 % sur certaines valeurs de réalisation au marché secondaire
- Locatif direct bien choisi : rentabilité visée entre 6 et 8 %
