Le rendement moyen des fonds en euros s’orienterait vers 2,90 % en 2026 selon les projections relayées par BforBank. Un chiffre en léger recul. Pour l’épargnant, la vraie question n’est pas ce taux brut, mais ce qu’il reste une fois l’inflation et la fiscalité passées par là.
Le fonds euros reste le réflexe par défaut de millions d’épargnants français. Capital garanti, liquidité immédiate, zéro stress apparent. Mais derrière la sécurité affichée, l’arithmétique se durcit. Un rendement annoncé autour de 2,90 % en 2026 n’a pas la même valeur selon le niveau d’inflation qui l’accompagne et selon la façon dont vous mobilisez le reste de votre épargne.
La période des fonds euros à plus de 4 % est derrière nous depuis longtemps. Le redressement observé ces deux dernières années, porté par la remontée des taux obligataires, semble marquer une pause. Les assureurs composent avec des portefeuilles obligataires qui se renouvellent lentement. Résultat : un support toujours utile pour sécuriser une poche de précaution, mais qui ne constitue plus, à lui seul, une stratégie patrimoniale. C’est précisément là que la comparaison avec les SCPI et les autres placements prend tout son sens.
Un rendement de 2,90 % qui cache un rendement réel bien plus modeste
Un fonds euros à 2,90 % n’est pas un fonds euros qui vous enrichit de 2,90 %. Deux filtres s’appliquent systématiquement. Le premier, c’est l’inflation. Si la hausse des prix s’établit autour de 2 % comme anticipé par les prévisions économiques pour la zone euro, le rendement réel du fonds euros se réduit mécaniquement à moins de 1 %. Vous ne perdez pas de capital nominal, mais votre pouvoir d’achat progresse à peine.
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Le second filtre, c’est la fiscalité. Les produits d’un contrat d’assurance-vie sont soumis aux prélèvements sociaux chaque année sur le fonds euros, et à l’impôt sur le revenu ou au prélèvement forfaitaire lors des retraits. Un taux affiché de 2,90 % se transforme donc en rendement net sensiblement inférieur selon votre situation. L’épargnant qui raisonne uniquement sur le chiffre brut commet la même erreur que celui qui regarde un salaire brut en pensant que c’est ce qu’il touchera.
La logique du fonds euros reste imbattable sur un seul terrain : la sécurité du capital. Pour une épargne de précaution, pour une somme qui doit rester disponible à court terme, aucun placement en unités de compte ne rivalise. Le problème surgit quand cette poche sécurisée devient, par défaut et par inertie, l’essentiel du patrimoine financier. C’est le cas chez une large partie des détenteurs d’assurance-vie.
Le fonds euros n’est pas mort. Il a simplement changé de rôle. Hier moteur de performance, il est aujourd’hui un amortisseur. Confondre les deux usages conduit à laisser dormir un capital qui, placé différemment, pourrait travailler davantage, au prix d’un risque assumé.
Face au fonds euros, les SCPI jouent une autre partition

Les SCPI se positionnent sur un segment radicalement différent. Là où le fonds euros garantit le capital et offre un rendement modeste, la SCPI vise un taux de distribution supérieur en contrepartie d’un risque de perte en capital et d’une liquidité réduite. Le taux de distribution sur valeur de marché (TDVM) des SCPI s’est historiquement situé nettement au-dessus des fonds euros, mais ce supplément de rendement n’est jamais gratuit.
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La mécanique est simple à comprendre. Vous achetez des parts d’une société qui détient un parc immobilier locatif. Les loyers encaissés, nets de frais de gestion, sont redistribués. Le rendement dépend donc du taux d’occupation financier du parc, de la qualité des locataires et de la capacité de la société de gestion à maintenir ses encaissements. Rien de garanti : une vacance locative qui grimpe ou des baisses de loyers pèsent directement sur la distribution.
La valeur de la part elle-même peut varier. Les repricings observés sur certaines SCPI ces dernières années l’ont rappelé brutalement. Une SCPI qui révise à la baisse sa valeur de reconstitution impose une décote à ses porteurs. L’épargnant habitué au capital garanti du fonds euros doit intégrer cette volatilité comme une donnée structurelle, pas comme un accident.
La liquidité, enfin, n’a rien à voir. Sur un fonds euros, vous récupérez vos fonds en quelques jours. Sur une SCPI, la revente des parts dépend de l’existence d’une contrepartie acheteuse. En période de collecte faible ou de marché tendu, les délais de sortie s’allongent. Comparer les deux produits sur le seul rendement affiché revient à comparer deux objets qui ne jouent pas dans la même catégorie de risque.
Fonds euros ou SCPI : arbitrer rendement et risque
Ce que change concrètement un rendement en baisse pour votre allocation
Un fonds euros qui plafonne autour de 2,90 % rebat les cartes de l’arbitrage. Tant que le support sécurisé servait 3,5 % ou plus, l’écart de rendement avec les actifs risqués se resserrait, et l’incitation à prendre du risque diminuait. À 2,90 %, voire moins en net d’inflation, l’épargnant qui laisse 100 % de son contrat sur le fonds euros accepte implicitement un rendement réel proche de zéro.
Prenons un exemple générique. Un capital de 100 000 euros placé intégralement sur un fonds euros à 2,90 % génère 2 900 euros bruts annuels. Après prélèvements sociaux et érosion par une inflation à 2 %, le gain réel net se compte en quelques centaines d’euros de pouvoir d’achat supplémentaire. Le même capital diversifié, avec une poche en unités de compte ou en SCPI, viserait un rendement global supérieur, mais exposerait une partie du capital à des fluctuations.
La diversification n’est pas un slogan, c’est une mécanique de lissage. Conserver une poche de sécurité sur le fonds euros pour les projets à court terme, puis répartir le reste entre supports à horizon plus long, permet de ne pas tout sacrifier au nom de la garantie. L’allocation idéale dépend de l’horizon de placement, de la tolérance au risque et de la capacité à immobiliser des fonds sur plusieurs années.
Les stratégies à construire autour d’un fonds euros moins généreux
La première stratégie consiste à cantonner le fonds euros à son rôle d’amortisseur. Une épargne de précaution équivalente à plusieurs mois de dépenses, placée en capital garanti, reste parfaitement rationnelle. Au-delà, laisser dormir des sommes importantes sur ce support à 2,90 % relève plus de l’inertie que du choix éclairé.
La deuxième stratégie passe par l’arbitrage progressif vers des unités de compte ou des SCPI logées dans l’assurance-vie. Loger des SCPI dans un contrat d’assurance-vie offre un cadre fiscal plus favorable sur la durée que la détention en direct, tout en conservant la souplesse du contrat. En contrepartie, les SCPI accessibles en assurance-vie sont sélectionnées par l’assureur et peuvent appliquer une décote à l’achat ou des conditions de liquidité spécifiques.
La troisième stratégie joue sur le temps. Un versement programmé mensuel sur des supports risqués lisse les points d’entrée et réduit le risque de tout investir au plus mauvais moment. Cette discipline importe davantage que la recherche du placement miracle. Un portefeuille combinant fonds euros pour la sécurité, SCPI pour le rendement locatif et unités de compte diversifiées pour la croissance long terme couvre plusieurs profils de risque sans tout miser sur un seul.
Reste la question du moment. Beaucoup d’épargnants attendent le “bon” taux pour bouger. Cette attente coûte cher : chaque année passée à 2,90 % net d’inflation proche de zéro est une année de pouvoir d’achat qui ne se rattrape pas. L’arbitrage se raisonne en fonction de son horizon personnel, pas en fonction d’un pari sur l’évolution future des rendements.
Les erreurs à éviter absolument
Première erreur : confondre rendement brut et rendement net. Un fonds euros à 2,90 % brut ne vous rapporte pas 2,90 % dans la poche. Prélèvements sociaux, fiscalité des retraits et inflation grignotent ce chiffre. Raisonner sur le brut conduit à surestimer la performance réelle de son épargne sécurisée.
Deuxième erreur : courir après le TDVM le plus élevé en oubliant le risque. Une SCPI qui affiche un taux de distribution supérieur à ses concurrentes peut masquer un taux d’occupation financier dégradé, un parc vieillissant ou une collecte en difficulté. Le rendement passé ne préjuge jamais du rendement futur, et un rendement anormalement élevé mérite toujours une analyse de ce qui le finance réellement.
Troisième erreur : négliger la liquidité. Investir sur une SCPI des sommes dont vous aurez besoin à court terme, c’est se condamner à vendre dans de mauvaises conditions, voire à ne pas pouvoir vendre du tout rapidement. La liquidité d’une SCPI n’est jamais celle d’un fonds euros. Confondre les deux horizons est la faute classique de l’épargnant séduit par le seul écart de rendement affiché.
Notre analyse
Le débat ne devrait pas être “fonds euros contre SCPI”. Ces deux produits ne répondent pas à la même question. Le fonds euros répond à “comment sécuriser mon épargne disponible”. La SCPI répond à “comment chercher un rendement supérieur en acceptant un risque immobilier et une liquidité réduite”. Les opposer frontalement, comme le font souvent les comparatifs de rendement brut, induit l’épargnant en erreur.
Ce que peu de comparatifs disent clairement : un fonds euros à 2,90 % reste pertinent, non pas comme placement de performance, mais comme socle de sécurité. Le piège n’est pas le fonds euros lui-même, c’est d’en faire 100 % de son allocation par défaut, puis de s’étonner que son patrimoine ne progresse pas en termes réels. La baisse annoncée du rendement moyen vers 2,90 % en 2026 n’est pas un drame, c’est un signal : le temps où le fonds euros faisait le travail tout seul est terminé.
La bonne décision reste individuelle. Un retraité qui privilégie la sécurité et la liquidité n’aura pas la même allocation qu’un actif de 45 ans investissant à horizon vingt ans. Dans tous les cas, l’arbitrage ne se résume jamais à un écart de rendement affiché : il intègre le risque de perte en capital, la fiscalité, la liquidité et l’horizon. C’est sur ces quatre dimensions, pas sur le seul taux, que se construit une allocation solide.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Fonds euros 2026 : rendement et alternatives SCPI
- Le rendement moyen des fonds euros s'orienterait vers 2,90 % en 2026 selon BforBank.
- Après une inflation autour de 2 %, le rendement réel du fonds euros tombe sous 1 %.
- Le fonds euros garantit le capital ; la SCPI expose à un risque de perte en capital.
- La liquidité d'une SCPI n'est jamais celle d'un fonds euros : revente dépendante d'un acheteur.
- Loger des SCPI en assurance-vie offre un cadre fiscal plus favorable que la détention en direct.
