7 expatriés sur 10 constatent une progression de leur niveau de vie à l’étranger. Mais la succession reste un impensé qui expose conjoint et enfants à des difficultés patrimoniales majeures.
Selon le baromètre Expat Communication publié en décembre 2025, 7 expatriés sur 10 estiment que leur niveau de vie a progressé en s’installant à l’étranger. Responsabilités accrues, fiscalité allégée sur les revenus et les plus-values : l’expatriation s’accompagne souvent d’une amélioration du train de vie. Mais derrière cette euphorie, une réalité patrimoniale brutale attend ceux qui n’ont pas préparé leur succession. Comme le souligne Les Échos, quatre pièges récurrents mettent en difficulté conjoint survivant et enfants.
Résidence fiscale française maintenue malgré le départ
Premier piège : l’administration fiscale française ne se contente pas du critère des 183 jours de présence annuelle. Elle examine le foyer familial (lieu de résidence du conjoint ou des enfants), l’activité professionnelle principale et le centre d’intérêts économiques. Si vos revenus proviennent majoritairement d’investissements français (loyers, dividendes, plus-values mobilières), vous pouvez être considéré comme résident fiscal français même en passant moins de 183 jours en France. Conséquence directe : vos héritiers restent redevables des droits de succession français au barème progressif, jusqu’à 45 % en ligne directe au-delà de 1,8 million d’euros par enfant.
Selon Thibault Cassagne, responsable ingénierie patrimoniale chez La Financière de L’Echiquier, cette appréciation multicritère génère des contentieux fréquents. Un cadre expatrié à Dubaï conservant un appartement locatif à Paris et un portefeuille titres français peut voir l’administration requalifier sa résidence fiscale, avec effet rétroactif sur plusieurs années.
Changement automatique de régime matrimonial et loi successorale étrangère
Deuxième piège : le régime matrimonial. Partir s’installer en Suisse, à Monaco ou aux États-Unis entraîne souvent un basculement automatique vers le régime de la séparation de biens du pays d’accueil, sauf disposition contraire actée devant notaire avant le départ. En clair : si vous êtes marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts en France et que vous vous installez en Suisse sans acte modificatif, votre conjoint perd tout droit sur les biens acquis pendant le mariage à l’étranger. À votre décès, ces actifs reviennent aux enfants selon la loi successorale locale, et le conjoint survivant peut se retrouver sans protection.
Troisième piège : la loi applicable à la succession. Le règlement européen 650/2012 permet de choisir la loi de sa nationalité, mais ce choix doit être formalisé par testament authentique. En l’absence de disposition, c’est la loi du dernier lieu de résidence qui s’applique. Dans plusieurs pays (Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis), le conjoint survivant n’hérite pas automatiquement de la totalité des biens en présence d’enfants. Les droits du conjoint peuvent se limiter à une quote-part réduite, le reste revenant directement aux descendants. Un Français décédé en Allemagne sans testament voit sa succession répartie selon le droit allemand, qui attribue au conjoint survivant entre un quart et la moitié des biens seulement.
Quatrième piège : la double imposition. Plusieurs conventions fiscales bilatérales prévoient des mécanismes d’imputation, mais leur application n’est ni automatique ni totale. Un bien immobilier détenu en France par un expatrié fiscal suisse reste taxable en France aux droits de succession français, avec un crédit d’impôt plafonné côté suisse. Résultat : une imposition effective cumulée pouvant dépasser 50 % de la valeur transmise. La préparation patrimoniale avant le départ (démembrement, donation anticipée, holding patrimoniale) reste la seule parade efficace pour limiter cette double ponction.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision patrimoniale.
