Le ministre flamand Jan Jambon veut rendre l’épargne-pension moins coûteuse pour les épargnants belges. Le parti Vooruit estime que la proposition manque de précisions concrètes.
Le débat sur les frais prélevés par les assureurs et gestionnaires d’actifs sur les produits d’épargne-pension belges refait surface en juillet 2026. Jan Jambon, ministre-président de la Flandre et figure du parti N-VA, a dévoilé une proposition visant à réduire la charge qui pèse sur les épargnants. L’objectif affiché : alléger les frais de gestion qui grèvent le rendement net des contrats d’épargne-pension, un placement collectif populaire en Belgique mais dont la rentabilité réelle est souvent décevante pour les souscripteurs. Selon les données de la FSMA (Autorité des services et marchés financiers belge), les frais annuels moyens sur les fonds d’épargne-pension oscillent entre 0,8 % et 1,5 % du capital investi, auxquels s’ajoutent parfois des frais d’entrée ou de sortie.
Face à cette annonce, le parti socialiste flamand Vooruit a immédiatement réagi en soulignant le caractère flou de la proposition. Pas de chiffre précis, pas de calendrier de mise en Å“uvre, pas de mécanisme de contrôle : le plan Jambon ne convaincrait pas les défenseurs d’une réforme structurelle du système. Pour Vooruit, l’enjeu dépasse la simple communication politique. Il s’agit de garantir que les futurs retraités belges ne voient pas leur épargne amputée de plusieurs milliers d’euros à cause de frais excessifs. En France, où le débat sur les frais des fonds euros d’assurance-vie et des contrats de retraite supplémentaire fait rage depuis 2020, cette problématique belge résonne avec force.
Pourquoi les frais d’épargne-pension belges posent-ils problème
L’épargne-pension belge fonctionne sur un principe simple : un épargnantverse chaque année une cotisation plafonnée (1 310 EUR en 2026 pour une déduction fiscale de 30 %, ou 1 490 EUR pour une déduction de 25 %), qui est investie dans un fonds collectif géré par un assureur ou une banque. Le capital s’accumule jusqu’à l’âge de la retraite, période à laquelle il est débloqué sous forme de rente ou de capital. Le problème réside dans la structure de frais : contrairement aux contrats d’assurance-vie luxembourgeois ou français à architecture ouverte, les fonds d’épargne-pension belges appliquent des frais de gestion annuels opaques, rarement négociables, et cumulatifs sur 30 ou 40 ans de vie du contrat.
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Un épargnant qui verse 1 310 EUR par an pendant 30 ans, avec un rendement brut de 4 % et des frais de 1,2 % annuels, se retrouve avec un capital final amputé d’environ 28 % par rapport à un scénario sans frais. Concrètement, cela représente une perte de 22 000 EUR sur un capital théorique de 78 000 EUR. Les frais ne sont pas seulement une ponction annuelle : ils cassent l’effet des intérêts composés, ce levier qui fait toute la différence sur le long terme. Jambon l’a compris, d’où sa proposition de plafonner ou d’encadrer ces frais. Mais sans chiffre précis, le projet reste une coquille vide.
La FSMA a publié en 2025 un rapport montrant que 63 % des épargnants belges ne connaissent pas le montant exact des frais prélevés sur leur contrat d’épargne-pension. Pire : 41 % déclarent n’avoir jamais reçu d’information claire de leur assureur sur ce sujet. Cette asymétrie d’information profite aux distributeurs, qui empochent chaque année des centaines de millions d’euros de frais sans que les clients puissent comparer ou négocier. En France, la loi Pacte de 2019 a imposé aux assureurs de publier chaque année les frais réels prélevés sur les contrats d’assurance-vie. La Belgique n’a rien de tel.
Vooruit a raison de pointer le flou du plan Jambon. Sans obligation légale de transparence, sans plafond opposable aux assureurs, sans mécanisme de sanction en cas de non-respect, la proposition risque de rester lettre morte. Le parti socialiste flamand réclame un plafonnement strict à 0,5 % de frais annuels pour les fonds d’épargne-pension, à l’image de ce qui existe déjà pour les fonds indiciels en France ou au Luxembourg. Un tel plafond permettrait à un épargnant de conserver environ 15 000 EUR de plus sur 30 ans, toutes choses égales par ailleurs.
Ce que change (ou pas) la proposition Jambon pour les épargnants
En l’état, la proposition du ministre flamand ne change rien. Aucun texte de loi n’a été déposé au Parlement flamand, aucun décret n’a été rédigé. Jambon a simplement déclaré, lors d’une interview à la VRT, qu’il fallait « rendre l’épargne-pension moins chère pour les travailleurs flamands ». Pas de chiffre, pas de date, pas de méthode. Pour un épargnant qui ouvre un contrat en 2026, rien ne bouge : il paiera les mêmes frais qu’en 2025, 2024 ou 2020. Les assureurs et gestionnaires de fonds n’ont aucune raison de modifier leurs grilles tarifaires tant qu’aucune contrainte légale ne les y oblige.
Épargne-pension belge : le ministre Jambon veut baisser les frais, opposition sceptique
Si la proposition devait aboutir, trois scénarios sont possibles. Premier scénario : un plafonnement des frais de gestion annuels à 0,5 % ou 0,6 %, sur le modèle des ETF (fonds indiciels cotés). Cela impliquerait une refonte complète des contrats existants et une perte de revenus significative pour les assureurs. Deuxième scénario : une obligation de transparence renforcée, avec publication annuelle des frais réels et comparaison avec la moyenne du marché. Les assureurs garderaient la liberté de fixer leurs frais, mais les clients pourraient comparer et changer de prestataire. Troisième scénario : une interdiction des frais d’entrée et de sortie, couplée à un plafonnement des frais de gestion à 1 % maximum. Ce serait un compromis à la belge, qui ne satisferait ni Vooruit ni les défenseurs du libre marché.
Pour les épargnants français qui détiennent un contrat d’épargne-pension belge (cas fréquent chez les expatriés ou les travailleurs frontaliers), la situation est encore plus complexe. La fiscalité française ne reconnaît pas l’épargne-pension belge comme un produit de retraite éligible aux déductions fiscales. Résultat : un résident fiscal français qui verse 1 310 EUR par an dans un fonds d’épargne-pension belge paie des frais élevés, ne bénéficie d’aucun avantage fiscal en France, et se retrouve imposé au barème progressif lors du déblocage du capital. La proposition Jambon ne change rien à cette double peine fiscale.
Vooruit a raison sur un point : sans chiffre concret, la proposition Jambon est une opération de communication. Le parti socialiste flamand a chiffré son propre projet de réforme : plafonner les frais à 0,5 %, interdire les frais d’entrée et de sortie, imposer une information annuelle standardisée sur tous les contrats. Coût estimé pour les assureurs : 180 millions EUR par an de revenus en moins. Gain pour les épargnants : 180 millions EUR de capital conservé chaque année, soit environ 5 400 EUR par épargnant sur 30 ans. Le calcul est simple, mais la mise en Å“uvre politique est complexe : les assureurs belges pèsent lourd dans le paysage économique flamand.
Comparaison avec les dispositifs français : PER et assurance-vie
En France, le PER (Plan d’Épargne Retraite) a remplacé en 2019 les anciens produits de retraite supplémentaire (PERP, Madelin, article 83). Le PER offre une déductibilité fiscale des versements, dans la limite de 10 % du revenu imposable ou 35 194 EUR en 2026. Les frais sur les PER varient considérablement selon les contrats : de 0 % à 3 % de frais d’entrée, et de 0,5 % à 1,8 % de frais de gestion annuels. Les contrats les plus compétitifs, distribués en ligne par des courtiers indépendants, affichent des frais inférieurs à 0,6 % par an, hors frais de gestion des supports eux-mêmes.
Un PER investi à 100 % en fonds indiciels (ETF) peut avoir un coût total de 0,8 % par an (0,5 % de frais de contrat + 0,3 % de frais de l’ETF). Un contrat d’épargne-pension belge moyen coûte 1,2 % par an, auquel s’ajoutent parfois des frais d’entrée de 2 % à 3 %. Sur 30 ans, la différence de coût entre un PER optimisé et un contrat d’épargne-pension belge classique représente environ 18 000 EUR pour un versement annuel de 1 300 EUR et un rendement brut de 4 %. L’écart n’est pas marginal, il est structurel.
| Critère | PER français (contrat en ligne) | Épargne-pension belge (moyenne marché) |
|---|---|---|
| Frais d’entrée | 0 % à 1 % | 0 % à 3 % |
| Frais de gestion annuels | 0,5 % Ã 0,8 % | 0,8 % Ã 1,5 % |
| Frais de sortie | 0 % | 0 % Ã 1 % |
| Coût total estimé sur 30 ans (capital 50 000 EUR) | 9 000 EUR | 15 000 EUR |
Données indicatives basées sur les grilles tarifaires moyennes 2026 (source : analyse interne Patrimoine Magazine, FSMA, AMF)
L’assurance-vie française, de son côté, ne bénéficie pas de déductibilité fiscale à l’entrée, mais offre une fiscalité allégée à la sortie après 8 ans de détention : abattement de 4 600 EUR par an pour un célibataire, 9 200 EUR pour un couple, sur les gains retirés. Les meilleurs contrats d’assurance-vie en ligne affichent des frais de gestion de 0,5 % à 0,6 % par an, sans frais d’entrée ni de sortie. Un épargnant français qui hésite entre un PER et un contrat d’épargne-pension belge doit intégrer trois variables : la fiscalité à l’entrée, les frais annuels, et la fiscalité à la sortie. Dans la majorité des cas, le PER français est plus avantageux, sauf pour un contribuable dont le taux marginal d’imposition est inférieur à 30 % et qui prévoit de résider fiscalement en Belgique au moment du déblocage.
Vooruit a observé ce qui se passe en France et milite pour une transposition du modèle PER en Belgique. Le parti socialiste flamand propose la création d’un « PER belge » avec des frais plafonnés à 0,5 %, une gestion pilotée obligatoire après 55 ans (pour sécuriser progressivement le capital), et une interdiction des frais d’entrée et de sortie. Ce projet n’a aucune chance d’aboutir dans la coalition flamande actuelle, mais il pose un marqueur politique clair.
Les erreurs à éviter si vous détenez un contrat d’épargne-pension belge
Première erreur : ne jamais vérifier les frais réels prélevés sur votre contrat. Beaucoup d’épargnants belges reçoivent chaque année un relevé de compte qui mentionne le capital acquis, le rendement brut, mais pas le montant exact des frais de gestion. Si votre assureur ne publie pas cette information de manière claire et chiffrée, demandez-la par écrit. La FSMA impose théoriquement cette transparence, mais dans les faits, peu d’assureurs respectent cette obligation à la lettre.
Deuxième erreur : conserver un contrat à frais élevés par inertie. Si vous avez ouvert un contrat d’épargne-pension en 2015 ou avant, il y a de fortes chances que les frais soient supérieurs à 1,2 % par an. Depuis 2020, de nouveaux acteurs (néo-banques, courtiers en ligne) proposent des contrats à 0,6 % ou 0,7 % de frais annuels. Changer de contrat est possible, mais attention : certains assureurs appliquent des frais de transfert ou de rachat qui annulent l’avantage du changement. Faites le calcul avant de bouger.
Troisième erreur : cumuler épargne-pension belge et PER français sans arbitrage fiscal. Si vous êtes résident fiscal français et que vous versez à la fois dans un PER et dans un contrat d’épargne-pension belge, vous payez deux fois des frais de gestion sans optimiser votre fiscalité. Le PER français vous offre une déduction fiscale immédiate, l’épargne-pension belge ne vous offre rien en France. Dans ce cas, il vaut mieux concentrer vos versements sur le PER français, sauf si vous prévoyez de redevenir résident fiscal belge à la retraite.
Quatrième erreur : ignorer l’impact des frais sur le rendement net. Un contrat d’épargne-pension belge qui affiche 4 % de rendement brut et 1,2 % de frais vous rapporte en réalité 2,8 % net par an. Sur 30 ans, avec un versement annuel de 1 310 EUR, vous accumulez 66 000 EUR de capital. Le même contrat avec 0,6 % de frais vous rapporte 3,4 % net, soit 75 000 EUR de capital final. La différence de 9 000 EUR ne provient pas d’une meilleure gestion, mais d’une structure de frais plus légère. C’est ce que Vooruit appelle « l’arnaque invisible » : les frais semblent faibles en pourcentage annuel, mais le coût cumulatif sur plusieurs décennies est vertigineux.
Notre analyse : un débat politique bienvenu, mais sans suite immédiate
La proposition Jambon a le mérite de remettre le sujet des frais d’épargne-pension sur la table politique flamande. Depuis 2020, aucun gouvernement belge n’avait osé s’attaquer frontalement aux assureurs sur ce dossier. Le ministre-président flamand sait qu’il touche un point sensible : les épargnants belges sont de plus en plus conscients que leur épargne-retraite est grevée par des frais élevés, et les comparaisons avec les dispositifs français ou luxembourgeois circulent largement sur les forums financiers et les réseaux sociaux.
Mais la critique de Vooruit est fondée : sans chiffre précis, sans calendrier, sans mécanisme de contrôle, la proposition Jambon ressemble davantage à un ballon d’essai qu’à un projet législatif abouti. Le ministre-président flamand sait qu’il ne peut pas imposer unilatéralement un plafonnement des frais : la compétence en matière de réglementation financière relève en partie du fédéral belge, et la FSMA est une institution fédérale, pas régionale. Jambon ne peut agir que sur les leviers fiscaux flamands, par exemple en conditionnant l’avantage fiscal régional à un plafond de frais. Mais ce levier est marginal.
Ce qui se passe en Belgique en 2026 ressemble à ce qui s’est passé en France entre 2017 et 2019. Pendant deux ans, les pouvoirs publics français ont discuté de la réforme de l’épargne-retraite, sous la pression des associations de consommateurs et des courtiers en ligne. Le résultat a été la loi Pacte et la création du PER, un produit standardisé, transparent, avec des frais encadrés (mais pas plafonnés). La Belgique pourrait suivre le même chemin, mais avec cinq ans de retard. Pour les épargnants belges, cela signifie que rien ne changera avant 2027 ou 2028 au mieux.
Pour les épargnants français qui s’intéressent au débat belge, la leçon est simple : les frais sont le premier ennemi de la performance à long terme. Un PER français à 0,6 % de frais annuels est structurellement plus performant qu’un contrat d’épargne-pension belge à 1,2 % de frais, même si le rendement brut est identique. La différence de coût cumulé sur 30 ans représente environ un an de versement gratuit. Autrement dit, un épargnant qui paie 0,6 % de frais au lieu de 1,2 % gagne l’équivalent d’un versement annuel tous les 30 ans. Ce n’est pas marginal, c’est massif.
📌 À retenir
- Le ministre flamand Jan Jambon veut réduire les frais d’épargne-pension en Belgique, mais sans chiffre ni calendrier précis, la proposition reste floue.
- Les frais annuels moyens sur les contrats d’épargne-pension belges oscillent entre 0,8 % et 1,5 %, soit un coût cumulé de 15 000 EUR à 22 000 EUR sur 30 ans pour un versement de 1 310 EUR par an.
- Vooruit réclame un plafonnement strict à 0,5 % de frais annuels, sur le modèle des PER français et des fonds indiciels.
- Pour les résidents fiscaux français, le PER français est généralement plus avantageux que l’épargne-pension belge, sauf en cas de retour prévu en Belgique à la retraite.
- Sans réforme législative contraignante, les assureurs belges n’ont aucune raison de baisser leurs frais spontanément.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
