En 2025, les Français ont placé un record sur l’assurance-vie, et l’essentiel de cette collecte nette est parti vers les unités de compte plutôt que vers le fonds en euros. Ce basculement n’est pas un détail technique. Il redessine le profil de risque de l’épargne préférée des Français, et il engage votre capital sur le long terme bien plus que vous ne l’imaginez.
Le chiffre circule partout : sur 52,5 milliards d’euros placés en plus sur l’assurance-vie, la part des unités de compte écrase désormais celle du fonds en euros. L’enveloppe n’a jamais autant collecté. Mais derrière ces records se cache un changement de nature. L’épargnant qui croyait signer pour la sécurité se retrouve, sans toujours le vouloir, exposé aux marchés actions et obligataires.
Ce mouvement mérite qu’on s’y arrête. Parce qu’au-delà du gain immédiat affiché par certains supports, l’intérêt réel d’un contrat se joue sur quinze, vingt ou trente ans. Et sur cet horizon, le choix entre fonds en euros garanti et unités de compte non garanties n’est pas anodin. C’est même la décision patrimoniale la plus structurante que vous prendrez dans votre contrat.
Le basculement vers les unités de compte, un virage historique
Les chiffres de 2026 confirment la tendance. Depuis le début de l’année, les cotisations sur l’assurance-vie atteignent 138,7 milliards d’euros, en hausse de 7 % par rapport aux huit premiers mois de 2025. La collecte nette, c’est-à-dire ce qui reste une fois les retraits déduits, s’élève à 43,5 milliards d’euros, supérieure de 6,9 milliards à celle de l’année précédente sur la même période.
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Jamais les Français n’avaient autant versé. En février 2026, les cotisations ont atteint 19,5 milliards d’euros sur un seul mois, un plus-haut historique, avec une progression de 16 % par rapport à février 2025[1]. Cette hausse touche les deux compartiments du contrat, mais pas à la même vitesse. Les unités de compte progressent de 20 % quand le fonds en euros avance de 13 %.
Le mois d’août 2026 illustre bien la bascule. Les cotisations ont progressé de 3 % sur les unités de compte, tandis que le fonds en euros a reculé de 10 %[2]. L’arbitrage des épargnants se lit noir sur blanc : quand ils versent de l’argent frais, ils le dirigent vers les supports risqués. Le support garanti, longtemps roi, perd du terrain mois après mois.
| Indicateur | Montant | Évolution |
|---|---|---|
| Cotisations cumulées (8 mois 2026) | 138,7 Md€ | +7 % vs 2025 |
| Collecte nette cumulée (8 mois 2026) | 43,5 Md€ | +6,9 Md€ vs 2025 |
| Dépôts août 2026 | 11,5 Md€ | : UC +3 %, fonds euros -10 % |
| Prestations août 2026 | 9,5 Md€ | +15 % vs août 2025 |
Source : MoneyVox / France Assureurs
Pourquoi le fonds en euros ne séduit plus autant

Le paradoxe est réel. Le fonds en euros a pourtant repris des couleurs ces dernières années. Il a servi un rendement de 2,6 % en 2023, 2024 et 2025, un niveau nettement supérieur à celui de la décennie précédente[1]. La baisse des taux des livrets réglementés comme le Livret A a même rendu ce support sécurisé plus attractif par comparaison.
Crise des SCPI : cette guerre des frais et des rendements qui menace votre épargne en 2026
Alors pourquoi les versements se tournent-ils vers les unités de compte ? Parce que la mémoire des épargnants est courte et que les marchés ont bien tenu. La progression des actions ces derniers mois, avant les tensions géopolitiques, et la bonne tenue des marchés obligataires ont rassuré. Quand les Bourses montent, l’appétit pour le risque revient mécaniquement.
Mais il faut lire ce mouvement avec lucidité. Un fonds en euros à 2,6 % protège le capital à 100 %. Une unité de compte qui a rapporté 8 % une année peut en perdre autant la suivante. Les deux ne jouent pas dans la même catégorie de risque. L’épargnant qui arbitre massivement vers les UC accepte, souvent sans le formuler, une volatilité qu’il n’aurait pas tolérée sur son Livret A.
Le Revenu le relevait récemment : les unités de compte progressent, mais toutes ne profitent pas de la reprise[5]. Derrière le mot générique d’unités de compte se cache une réalité très hétérogène. Un fonds actions internationales, une SCPI, un produit structuré ou un ETF obligataire n’ont ni le même rendement ni le même profil de risque. Dire qu’on investit en UC ne veut presque rien dire sans regarder le détail de l’allocation.
Fonds euros ou unités de compte : les enjeux patrimoniaux
Ce que ce choix engage pour votre patrimoine sur le long terme
L’horizon de placement change tout. Sur deux ou trois ans, basculer vers les unités de compte est un pari risqué : le temps peut manquer pour absorber une baisse de marché. Sur quinze ou vingt ans, l’exposition aux actions a historiquement surperformé les supports garantis, à condition de tenir la position sans céder à la panique lors des corrections.
C’est là que se joue la vraie question. L’assurance-vie n’est pas un produit de court terme, même si elle reste disponible à tout moment. Son antériorité fiscale se construit dans la durée. Après huit ans de détention, l’enveloppe offre un abattement annuel sur les gains lors des rachats, et la fiscalité devient nettement plus douce. Vider son contrat au bout de trois ans pour sécuriser une plus-value, c’est passer à côté de cette logique.
Prenons un épargnant de 45 ans qui verse 100 000 euros. S’il place en fonds en euros à 2,6 %, son capital progresse lentement mais sans risque de perte. S’il opte pour une gestion pilotée majoritairement en unités de compte, il accepte des années négatives en échange d’une espérance de rendement supérieure sur vingt ans. Le bon choix dépend de son horizon, de sa capacité à encaisser une baisse et de ses besoins futurs, pas de la mode du moment.
Les stratégies à construire selon votre horizon
La première règle : ne jamais raisonner en tout ou rien. Un contrat bien construit mixe fonds en euros et unités de compte selon un dosage adapté à l’âge et au projet. Un épargnant jeune avec un horizon long peut tolérer une part importante d’UC. À l’approche de la retraite ou d’un besoin de capital, la sécurisation progressive vers le fonds en euros protège les gains accumulés.
La gestion pilotée répond précisément à cette logique de désensibilisation automatique. Plus l’échéance approche, plus l’allocation se déplace vers les supports sécurisés. C’est une réponse intéressante pour l’épargnant qui ne veut pas arbitrer lui-même, à condition de vérifier les frais, qui grignotent le rendement année après année.
Deuxième levier souvent oublié : la clause bénéficiaire. L’assurance-vie reste un outil de transmission redoutablement efficace. Pour les versements effectués avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 euros avant toute taxation[4]. Des députés ont même proposé, pour 2026, une transmission anticipée pouvant aller jusqu’à ce même plafond par bénéficiaire, sans coût supplémentaire pour les finances publiques[4]. Au-delà du rendement affiché, c’est souvent là que l’assurance-vie révèle toute sa valeur.
Troisième point : l’arbitrage périodique. Verser en unités de compte quand les marchés sont hauts expose à acheter au mauvais moment. L’investissement progressif, par versements réguliers, lisse le point d’entrée et réduit le risque de se tromper de timing. C’est une discipline bien plus efficace que de suivre l’euphorie ambiante.
Les erreurs qui coûtent cher
La première erreur est de confondre disponibilité et absence de risque. L’assurance-vie reste accessible à tout moment, mais un contrat majoritairement en unités de compte peut afficher une moins-value au moment précis où vous avez besoin de l’argent. Ne jamais placer en UC une épargne de précaution dont vous pourriez avoir besoin dans l’année.
La deuxième erreur consiste à négliger la clause bénéficiaire. Une clause mal rédigée, oubliée après un divorce ou une naissance, peut faire basculer un capital vers la mauvaise personne ou alourdir inutilement la fiscalité. Un modèle de clause standard ne convient pas à toutes les situations familiales. C’est un point à revoir régulièrement, pas une formalité de souscription.
La troisième erreur est de courir après les classements de rendement sans regarder les frais ni l’antériorité fiscale de son contrat actuel. Ouvrir un nouveau contrat pour gagner quelques dixièmes de point peut vous faire perdre des années d’antériorité, donc l’accès à la fiscalité avantageuse après huit ans. Parfois, améliorer son allocation sur le contrat existant vaut mieux que tout recommencer ailleurs.
Notre analyse
Le basculement vers les unités de compte raconte autant la confiance des épargnants que leur amnésie. On investit dans le risque quand les marchés montent, on fuit quand ils baissent. C’est exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire. Les records de collecte en UC traduisent moins une stratégie réfléchie qu’un alignement sur la tendance.
La vraie question n’est pas fonds en euros contre unités de compte. C’est : quel horizon, quel projet, quelle tolérance au risque ? Un épargnant de 60 ans qui prépare la transmission de son patrimoine n’a pas les mêmes besoins qu’un trentenaire qui construit son capital pour trente ans. Le même contrat se pilote différemment selon la trajectoire de vie.
Ce que personne ne dit assez : la performance d’un contrat sur le long terme dépend moins du support choisi que de la discipline de l’épargnant. Tenir sa position en période de baisse, verser régulièrement, soigner sa clause bénéficiaire, surveiller les frais. Ces gestes modestes pèsent bien plus sur le résultat final que le dernier palmarès des meilleurs rendements. L’assurance-vie reste un marathon, pas un sprint.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Assurance-vie 2026 : le basculement vers les unités de compte
- Cotisations 2026 : 138,7 Md€ sur 8 mois, +7 % vs 2025
- Collecte nette cumulée : 43,5 Md€, soit +6,9 Md€ vs 2025
- En août 2026 : UC +3 %, fonds en euros -10 %
- Fonds en euros : rendement de 2,6 % en 2023, 2024 et 2025
- Abattement transmission avant 70 ans : 152 500 € par bénéficiaire
- Fiscalité allégée après 8 ans de détention du contrat
Sources
4 sources · 6 faits vérifiés
