Le procès de Nicolas Ullens s’est ouvert le 3 septembre 2026 devant la Cour d’assises du Brabant wallon. Il répond du meurtre de sa belle-mère, la baronne Myriam Ullens. Derrière le fait divers qui secoue la Belgique, un ressort universel : l’argent, la transmission et une famille recomposée qui explose.
L’histoire est celle d’un remariage, d’une belle-mère arrivée après le divorce, et d’enfants d’un premier lit qui vivent mal la nouvelle donne. C’est un schéma que les notaires français connaissent par cÅ“ur. La fortune d’un couple visionnaire, un patrimoine international, un chalet de 1 200 mètres carrés à Verbier et un voilier de plus de cinquante mètres : voilà le décor. Mais le mécanisme profond n’a rien d’exotique.
Ce qui se joue dans cette affaire dramatique, c’est ce qui se joue dans des dizaines de milliers de familles recomposées françaises chaque année. Un conjoint survivant qui hérite. Des enfants d’un premier mariage qui craignent d’être dépossédés. Et l’absence, presque toujours, d’une anticipation sereine de la transmission. Le drame belge est extrême. La tension patrimoniale qui l’a précédé, elle, est banale.
Une famille recomposée sans plan de transmission : le terrain de tous les conflits
Le divorce puis le remariage font entrer un nouveau conjoint dans le cercle successoral. En droit français, le conjoint survivant n’est pas un intrus juridique : il a des droits légaux sur la succession. Mais ces droits entrent directement en concurrence avec ceux des enfants du premier lit. Personne ne perd son héritage, en principe. Reste que la perception, elle, est souvent celle d’une dépossession.
Le point de friction s’appelle la réserve héréditaire. Les enfants sont héritiers réservataires : une part du patrimoine leur revient obligatoirement, quelle que soit la volonté du défunt. Le reste, la quotité disponible, peut être attribué librement, y compris au conjoint. Dans une famille recomposée, tout se joue sur cet équilibre. Trop donner au conjoint, et les enfants du premier mariage se sentent lésés. Trop protéger les enfants, et le conjoint survivant se retrouve fragilisé.
Le cas Ullens ajoute une dimension internationale, avec des résidences en Suisse et une fortune dispersée. Ces situations transfrontalières compliquent encore l’application des règles successorales, chaque pays ayant sa propre logique de réserve et de fiscalité. En France, un couple qui possède des biens à l’étranger doit impérativement cartographier quelle loi s’appliquera à quelle partie du patrimoine. L’absence d’anticipation transforme alors la succession en champ de bataille juridique.
Le remariage de la baronne Myriam Ullens avec le baron Guy Ullens en 1999[2] illustre parfaitement le moment où tout se cristallise. Les enfants du premier mariage voient arriver une belle-mère qui, à leurs yeux, capte l’affection et potentiellement le patrimoine du parent. C’est précisément là , en amont, que la préparation successorale se joue, pas au moment du décès.
Ce que le droit français prévoit pour protéger le conjoint sans spolier les enfants

Le conjoint survivant dispose de plusieurs options légales en France. Il peut recevoir l’usufruit de la totalité de la succession, ou la pleine propriété d’une fraction, selon les configurations. La donation entre époux, souvent appelée donation au dernier vivant, élargit encore l’éventail de ses droits. Elle permet notamment d’augmenter la part transmise au conjoint dans la limite de la quotité disponible spéciale entre époux.
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Le démembrement de propriété est l’outil central pour concilier les intérêts. Le principe : séparer l’usufruit, c’est-à -dire le droit d’usage et de percevoir les revenus, de la nue-propriété, c’est-à -dire la propriété du bien à terme. Attribuer l’usufruit au conjoint et la nue-propriété aux enfants permet au survivant de continuer à vivre dans le logement et de percevoir les revenus, tandis que les enfants récupèrent la pleine propriété au décès du second parent. Chacun est servi, aucun n’est exclu.
L’assurance-vie occupe une place à part. Les capitaux transmis par un contrat d’assurance-vie sont, dans la plupart des cas, hors succession. Cela signifie qu’ils échappent aux règles de la réserve héréditaire et permettent de gratifier une personne précise, conjoint ou enfant, en dehors du partage classique. C’est un levier puissant pour rééquilibrer une transmission dans une famille recomposée, à condition d’être utilisé avec mesure pour éviter la requalification en primes manifestement exagérées.
| Outil | Bénéficiaire visé | Effet principal |
|---|---|---|
| Donation au dernier vivant | Conjoint survivant | Augmente sa part dans la limite de la quotité disponible |
| Démembrement (usufruit / nue-propriété) | Conjoint + enfants | Le conjoint garde l’usage, les enfants la propriété à terme |
| Assurance-vie | Bénéficiaire désigné | Capitaux transmis hors succession dans la plupart des cas |
| Donation-partage | Ensemble des enfants | Fige les valeurs et prévient les contestations au décès |
Source : Soirmag
Transmission recomposée : les enjeux patrimoniaux
La donation-partage : l’arme anti-conflit trop souvent négligée
La donation-partage est probablement l’outil le plus sous-utilisé face au risque de guerre successorale. Son intérêt majeur : elle fige la valeur des biens au jour de la donation. Concrètement, si un parent partage son patrimoine entre ses enfants de son vivant, la répartition n’est pas remise en cause plus tard sous prétexte que tel bien s’est envolé et tel autre a stagné. Cette stabilité coupe l’herbe sous le pied des contestations futures.
Dans une famille recomposée, la donation-partage peut associer les enfants du premier lit et, sous conditions, ceux nés du nouveau couple. Elle envoie un signal clair : le parent organise lui-même la transmission, de son vivant, en toute transparence. Le sentiment d’arbitraire, moteur des rancÅ“urs, disparaît. Chacun sait ce qu’il reçoit et pourquoi. C’est exactement l’inverse de la situation où les enfants découvrent le testament après le décès et le vivent comme une injustice.
Le rappel fiscal des donations sur quinze ans est un paramètre décisif du calendrier. En droit français, les donations consenties bénéficient d’abattements qui se reconstituent au terme de ce délai. Donner tôt permet donc de renouveler ces abattements et d’alléger la fiscalité globale de la transmission. Un parent qui commence à transmettre à 60 ans plutôt qu’à 80 se donne une marge de manÅ“uvre considérable pour purger progressivement son patrimoine sans surcharge fiscale.
Les erreurs qui transforment un héritage en champ de bataille
La première erreur est l’absence totale d’anticipation. Beaucoup de familles fortunées, et le cas Ullens en donne une illustration dramatique[1], laissent la question de la transmission en suspens. Tant que le patrimoine grossit et que le couple vit bien, personne n’aborde le sujet. Puis survient le décès, ou le remariage, et les tensions accumulées explosent. Un plan successoral rédigé à froid, plusieurs années avant, désamorce la plupart de ces bombes.
La deuxième erreur consiste à privilégier ostensiblement le nouveau conjoint sans expliquer sa démarche aux enfants. La loi autorise à gratifier le conjoint dans la limite de la quotité disponible. Mais le faire dans le silence et le secret nourrit le sentiment de trahison. La transparence, même inconfortable, vaut mieux que la découverte posthume d’arbitrages jugés déloyaux. Les enfants du premier mariage acceptent bien mieux une décision expliquée qu’une décision subie.
La troisième erreur est de négliger la dimension internationale quand le patrimoine est réparti sur plusieurs pays. Résidence en Suisse, biens en France, actifs ailleurs : chaque juridiction applique ses propres règles de réserve et de fiscalité successorale. Sans coordination entre professionnels, le risque de conflit de lois et de double imposition devient réel. Le couple Ullens, résidant à Verbier tout en ayant des attaches belges[2], illustre cette complexité que seuls des spécialistes savent démêler.
Notre analyse : le drame belge est un miroir tendu aux familles françaises
Ce que révèle le procès Ullens, au-delà de l’horreur du crime reproché, c’est la puissance destructrice des non-dits patrimoniaux. Aucune donation, aucun démembrement, aucun testament ne peut à lui seul empêcher un drame humain. Mais la mécanique du ressentiment successoral, elle, se désamorce. Elle se désamorce par la parole, par l’anticipation et par des actes juridiques posés à temps.
Le vrai enseignement pour un patrimoine français, même modeste comparé à celui de la baronne, tient en une phrase : la transmission ne s’improvise pas au décès. Un couple recomposé qui organise, dès la cinquantaine ou la soixantaine, le sort de son conjoint et de ses enfants respectifs s’épargne des années de tensions. Le coût d’une consultation notariale est dérisoire face au prix d’une succession contentieuse, en argent comme en déchirures familiales.
Ce que peu de conseillers osent dire clairement : la protection du conjoint et celle des enfants ne sont pas contradictoires si on les organise. Elles ne deviennent antagonistes que lorsqu’on laisse le hasard et la loi trancher à notre place. Démembrement, assurance-vie, donation-partage, donation au dernier vivant : la boîte à outils existe. Encore faut-il l’ouvrir avant qu’il ne soit trop tard. Le procès qui s’ouvre en Belgique est le rappel le plus brutal qui soit de cette vérité.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
Succession en famille recomposée : l'essentiel
- Les enfants sont héritiers réservataires : une part leur revient obligatoirement
- Le conjoint survivant peut recevoir la quotité disponible ou l'usufruit
- Le démembrement laisse l'usage au conjoint et la propriété aux enfants
- L'assurance-vie transmet des capitaux hors succession dans la plupart des cas
- La donation-partage fige les valeurs et prévient les contestations
- Le rappel fiscal des donations se reconstitue tous les 15 ans
