Après trois années de rendements décevants, les fonds en euros retrouvent un niveau de rémunération attractif en 2026, porté par la hausse des taux obligataires. Le point sur les arbitrages et les allocations efficaces.
Le fonds en euros n’était plus dans le radar des investisseurs depuis 2021. Taux moyens sous 1,5 %, érosion monétaire, arbitrages massifs vers l’immobilier ou les unités de compte : la dynamique était claire. En 2026, la donne change. Les placements obligataires des assureurs, constitués entre 2023 et 2025 à des taux supérieurs à 3 %, commencent à irriguer les rendements servis. Plusieurs compagnies annoncent des taux bruts proches de 2,5 % pour 2026, avant prélèvements sociaux. Un niveau qui replace le fonds en euros dans l’équation d’allocation, surtout pour les profils qui privilégient la sécurité du capital.
Ce qui explique le rebond des taux servis
Le rendement d’un fonds en euros dépend à 80 % de son portefeuille obligataire. Entre fin 2022 et début 2025, les assureurs ont acquis des obligations d’État et corporate à des taux jamais vus depuis 2011 : OAT françaises à 10 ans au-dessus de 3,2 %, emprunts d’entreprises investment grade entre 3,5 % et 4,5 %. Ces titres arrivent progressivement à maturité ou génèrent des coupons qui alimentent les réserves de participation aux bénéfices.
La mécanique comptable impose aux assureurs de lisser les rendements sur plusieurs années. Les gains réalisés en 2024 et 2025 sur la remontée des taux obligataires ont alimenté les provisions pour participation aux excédents (PPE), redistribuées en 2026. Résultat : les fonds en euros Suravenir Opportunités, Spirica Netissima, Generali Eurossima affichent des taux bruts entre 2,4 % et 2,7 % pour l’exercice en cours, contre 1,3 % à 1,6 % en 2023.
Allocation patrimoniale : où placer le fonds en euros
À 2,5 % brut, le fonds en euros génère environ 1,9 % net après prélèvements sociaux de 17,2 %. Pour un épargnant de 55 ans disposant de 300 000 € sur une assurance-vie, l’arbitrage se pose face aux unités de compte. Un portefeuille 100 % UC obligataires diversifiées (fonds obligataires zone euro investment grade) délivre entre 3,2 % et 3,8 % net sur un an, avec un risque de volatilité limité mais non nul. Le fonds en euros conserve un avantage : capital garanti en toutes circonstances.
L’allocation type observée chez les CGP en 2026 pour un profil prudent : 60 % fonds en euros, 30 % UC obligataires, 10 % UC actions diversifiées. Cette structure vise un rendement global de 2,3 % net avec une exposition au risque maîtrisée. Pour les profils dynamiques de moins de 50 ans, la part fonds en euros descend à 20-30 %, le reste étant réparti entre UC actions, immobilier coté et private equity accessible via fonds ELTIF.
Les limites du regain d’attractivité
Le retour du fonds en euros à des niveaux décents ne signifie pas un retour à l’âge d’or des années 2000. Plusieurs contraintes pèsent. D’abord, la fiscalité : les rachats avant huit ans subissent le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, ou le barème progressif de l’impôt sur le revenu si celui-ci est plus favorable. Après huit ans, l’abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple) s’applique, mais les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus sur l’intégralité des gains.
Ensuite, la concurrence des placements obligataires directs. Un particulier peut acheter des obligations d’État ou corporate via un compte-titres ordinaire et obtenir un rendement actuariel de 3 % à 3,5 % net d’impôt (après flat tax de 30 %) sans intermédiaire assureur. La liquidité est moindre, le ticket d’entrée plus élevé (souvent 1 000 € minimum par ligne), mais le rendement final dépasse celui du fonds en euros de 0,8 à 1 point.
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Enfin, l’inflation. À 2,1 % en rythme annuel selon les dernières données disponibles, le fonds en euros à 1,9 % net délivre un rendement réel quasi nul. Pour construire un patrimoine à long terme, l’apport des UC reste indispensable. Sur dix ans, un portefeuille diversifié 70 % UC actions monde / 30 % fonds en euros affiche un rendement annualisé proche de 5 % net, contre 2 % pour un fonds en euros pur.
L’arbitrage ici se fait à la lumière de trois critères : horizon de placement, tolérance au risque, situation fiscale. Un épargnant de 70 ans privilégiera la sécurité du fonds en euros pour préserver son capital et préparer la transmission. Un actif de 40 ans orientera l’essentiel de son allocation vers les UC, le fonds en euros servant de poche de liquidité ou de matelas de sécurité représentant trois à six mois de dépenses.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision patrimoniale.
